«Marseille»: «Tout le monde avait souffert sur la première saison», se souvient Benoît Magimel

INTERVIEW L’acteur français retrouve Gérard Depardieu dans la saison 2 de « Marseille » ce vendredi sur Netflix…

Anne Demoulin

— 

Benoit Magimel et Gérard Depardieu dans la saison 2 de « Marseille ».
Benoit Magimel et Gérard Depardieu dans la saison 2 de « Marseille ». — Bernard Fau/Netflix

Si la saison 1 a été descendue par la critique tricolore, la série a cartonné à l’international. Marseille revient ce vendredi sur Netflix pour une saison 2. Après sa crise cardiaque, on retrouve le maire de la cité phocéenne Robert Taro, campé par Gérard Depardieu, en bien meilleure forme, à l’instar de la série française qui redresse la barre. Face à lui, son meilleur ennemi, Lucas Barrès, incarné par Benoit Magimel que 20 Minutes a rencontré.

Quel était votre lien avec la ville de Marseille avant de tourner la série ?

J’avais quelques amitiés là-bas, mais je la connaissais assez mal. J’y ai rarement travaillé. Il y a quelque chose de mythique sur Marseille. Je savais que Marseille a une identité extrêmement forte. On est Marseillais avant tout. Dans cette ville qui est très plurielle, tout le monde est intégré plus que n’importe où en France. Tous ceux qui ont immigré là-bas sont marseillais avant tout autres chose.

Quel regard posez-vous sur la ville depuis le tournage de « Marseille » ?

Je la connais un peu mieux, mais ce n’est pas pendant les tournages qu’on apprend à connaître une ville, c’est en y passant du temps pour des raisons personnelles. Marseille est une ville fiévreuse, passionnante, étonnante, pleine de couleurs. C’est difficile de connaître cette ville, il faut vraiment y passer du temps. J’ai découvert certains endroits grâce au tournage que je ne soupçonnais pas.

Qu’est-ce que représentait pour vous Gérard Depardieu avant « Marseille » ?

Depuis que je suis gamin, ma mère m’a toujours parlé de lui pour me dire qu’on n’était pas obligé de faire partie du sérail pour réussir dans ce métier. Elle me parlait de son parcours à lui, originaire de Châteauroux, autodidacte. J’ai passé le casting pour Mon père ce héros pour jouer le petit ami de sa fille, considéré comme un petit con par le personnage de Gérard Depardieu. Je m’étais dit : « Ce n’est pas ce que je veux faire avec lui, mais je sais qu’un jour, on finira par tourner ensemble. » Il a environ dix ans, Gérard Depardieu m’avait laissé un message pour me proposer un film, c’était fou ! J’ai refusé parce que je ne pensais pas que c’était le bon. J’ai accepté de faire « Marseille » parce que j’ai toujours pensé à une histoire de filiation, même si ce n’est pas la relation qu’on partage. Je suis heureux de l’avoir croisé. Gérard est un homme extrêmement libre, délicat, attentionné et bienveillant.

« Marseille », le film « Carbone », vous ne vous quittez plus…

Travailler avec lui, c’est très serein. Beaucoup de choses nous opposent dans le tempérament mais on a un point commun, on n’a pas peur. Depuis gamin, je n’ai jamais eu peur d’un plateau ou d’une caméra. La vie est beaucoup plus dangereuse que de faire du cinéma. Au quotidien, c’est plaisant de travailler avec quelqu’un qui possède une technique assez exceptionnelle. Et puis, il connaît bien les hommes. Ce qui me fascine le plus chez lui, c’est qu’il a une sorte de scanner pour détecter les cons. En deux secondes, il est capable de savoir à qui il a affaire. Moi, ça me prend une dizaine de minutes, lui, c’est dans l’instant.

Qu’est-ce qui vous a attiré chez Lucas Barres, ce personnage au départ pas franchement sympathique ?

Pour moi, il y avait d’abord eu l’envie de retravailler Florent Emilio-Siri et avec Gérard Depardieu pour la première fois. On s’est engagé sans avoir lu les scénarios, qu’on a eus assez tardivement. Tous les acteurs souffraient d’un manque d’ancrage sur leurs motivations.

Florent Emilio-Siri s’occupe de toute la création visuelle de la série…

Ça a été difficile pour lui sur la première saison. Il a l’habitude d’écrire ses histoires ou de les reprendre et d’y mettre sa sensibilité. Il avait peu de liberté au niveau de l’écriture. En saison 1, on parlait de Marseille sans auteur marseillais. Si Florent m’a appris quelque chose, c’est qu’on ne peut parler que de ce que l’on connaît. En saison 2, on a eu des coauteurs qui connaissent très bien la ville et c’était important. Sur la saison 2, il a eu plus de moyens pour personnaliser les choses et tirer vers plus d’émotion et sur la motivation des personnages. Et s’il y a une saison 3, pour le moment, je ne sais pas, je pense que ce sera avec plus de liberté pour lui, encore.

Comment évolue Lucas Barrès dans cette saison 2 ?

Lucas Barres, c’est l’histoire d’un enfant en quête de la reconnaissance du père qui monte un coup pour se venger de ses souffrances d’enfant. Cette saison 2 est beaucoup plus claire. Tous les choix qu’il va faire sont une réponse une réponse émotionnelle à des souffrances. Ils vont le rattraper et le piéger à son tour. C’était intéressant à mettre en place.

Son rapport avec les femmes évolue-t-il ?

Les hommes et femmes politiques sont de sacrés garnements et sont des personnes très actives sexuellement. On a voulu montrer dans la première saison que la sexualité est aussi un outil pour eux.

En tant qu’acteur, avez-vous eu du plaisir à retrouver ce personnage ?

Oui, ce personnage, mais aussi l’équipe. On retrouve ses marques. Je ne pensais pas que cela allait me plaire autant de retrouver Gérard, les autres acteurs, et toute l’équipe technique. Et de voir que chacun apporte quelque chose de mieux. Tout le monde avait souffert sur la première saison parce que c’était compliqué pour tous les postes d’avoir assez d’éléments pour travailler, c’était inconfortable. Toute l’équipe était plus heureuse sur cette deuxième saison, plus confortablement installée, avec plus de connaissances et en pouvant rectifier un peu les choses qu’on n’avait pas pu établir dans la première saison.

La première saison a reçu un accueil mitigé, comment l’avez-vous vécu ?

Je ne lis jamais les critiques qu’elles soient bonnes ou mauvaises, ça simplifie les choses. C’est le public qui décide et la série a beaucoup plu. On peut en être étonné, moi le premier, parce que je porte un regard très critique sur ce que je fais. La série a bien marché à l’international et en France, « Marseille » a fait partie des 10 séries françaises les plus binje-racées. J’étais le premier surpris et heureux.

Y a-t-il un effet Netflix, est-ce qu’on vous reconnaît plus à l’étranger ?

Je n’ai pas beaucoup voyagé depuis le tournage. Mais, j’ai croisé un Brésilien qui m’a reconnu à la suite de la première saison de « Marseille ». La série a bien marché là-bas. Les plateformes permettent d’être vu dans le monde entier, c’est excitant.