La série «Altered Carbon» en a-t-elle assez dans le bide pour se mesurer à «Game of Thrones»?

SCIENCE-FICTION Netflix ne cache pas ses ambitions avec sa série-événement «Altered Carbon»…

Laure Beaudonnet

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Altered Carbon, série cyberpunk de Netflix. Illustrationn

Altered Carbon, série cyberpunk de Netflix. Illustrationn — NETFLIX

  • Altered Carbon est l’adaptation du roman de Richard K. Morgan, paru en 2002.
  • Miguel Sapochnik, qui a réalisé le pilote de la série de Netflix, a également réalisé quatre épisodes de Game of Thrones.
  • Altered Carbon est disponible sur la plateforme à partir du 2 février.

Vous vous dites sûrement que comparer une série SF à Game of Thrones est un peu tiré par les cheveux (et on ne vous en voudra pas). Mais nous sommes très sérieux. Au fil des saisons, le blockbuster médiéval fantastique de HBO est devenu la référence du petit écran, à la fois un exemple à suivre et un baromètre de succès. Netflix ne cache pas ses ambitions avec sa petite dernière. Dotée d’un budget exorbitant, Altered Carbon [Carbone modifié, en VF] rêve de se mesurer à GoT ou à Westworld. Mais en a-t-elle suffisamment dans le ventre ?

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Un budget gigantesque

Game of Thrones est présentée comme l’une des séries les plus chères de l’histoire, mais attendez un peu de découvrir le budget d’Altered Carbon. Il serait même, selon les rumeurs, le plus élevé de la plateforme de streaming [Netflix ne souhaite pas communiquer sur ce sujet]. Joel Kinnaman, l’interprète de Takeshi Kovacs, aurait évoqué, selon The Verge, un « monde qui a eu un plus gros budget que les trois premières saisons de Game of Thrones ». Mais pour espérer rivaliser avec le carton de HBO, Altered Carbon doit surtout relever le défi des audiences. Pour rappel, le premier épisode de la saison 7 de la série à dragons a attiré plus de 10 millions de téléspectateurs (Netflix pourra toujours se cacher derrière son opacité légendaire). Petite pression.

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Un univers de genre

Et si le personnage principal n’était pas celui qu’on croyait ? C’est la marque de fabrique de la fresque fantasy de HBO qui a construit un univers imaginaire si réaliste qu’il en est devenu le véritable héros [Westeros va d’ailleurs avoir son spin-off]. De son côté, Altered Carbon ancre son histoire dans un monde futuriste qui jette un regard obscur sur notre époque. Alors que les personnages peuvent se débarrasser de leur corps d’un claquement de doigt -les traits de Joel Kinnaman servent à deux personnes, par exemple-, l’univers dystopique vole la vedette à ses héros. Il incarne le concept : un monde digitalisé où les humains peuvent télécharger leur conscience dans un autre corps comme un vulgaire fichier numérique. Et pour donner vie à cette fresque cyberpunk, Netflix a, elle aussi, joué la carte du réalisme jusqu’au bout. « Je n’ai jamais été sur un plateau comme celui-ci, a confié Joel Kinnaman. La ville respirait à plein régime avec plusieurs histoires, des boutiques, des ouvriers, des policiers, tout était en vie, avec des détails de décor très précis. J’étais dans le monde ».

Du sexe et surtout de la violence

Comme Game of Thrones qui n’a jamais reculé devant des scènes explicites -elles ont même fait une partie de son succès-, Altered Carbon ne recule pas devant la violence et l’intimité de ses personnages (parfois les deux en même temps, pourquoi se brider). Viol, combats, explosion de cervelles… Tout ça, c’est la faute des « meth », les humains digitalisés âgés de plus de 300 ans comme Laurens Bancroft (James Purefoy) et son épouse qui s’ennuient un peu trop. Immortels, ils cherchent de nouvelles façons de repousser les limites de leur existence et de casser la monotonie de leur réalité à coups de meurtres, de viols, de spectacles de combats et les pauvres en sont les premières victimes.

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Des femmes fortes

Altered Carbon a été créée par une femme : Laeta Kalogridis. Pas étonnant que certains des personnages les plus forts soient incarnés par des femmes (de couleur). Le parallèle avec Game of Thrones qui a vu ses personnages féminins prendre de plus en plus d’importance au fil des saisons, n’était pas difficile à faire. Cersei Lannister a récupéré le trône de fer, Daenerys Targaryen a levé une armée gigantesque, Arya Stark est devenue une guerrière.

La nouvelle série de Netflix sert des héroïnes tout aussi conquérantes et puissantes. Le mentor de Takeshi Kovacs, le héros de la série, est Quellcrist Falconer. « Quand vous regardez Martha Higareda (Kristin Ortega), le rôle du lieutenant est incarné par une femme de couleur. Quand vous voyagez plus loin dans le temps, c’est aussi une femme qui a le pouvoir, Quellcrist entraîne les autres pour sauver le monde », s’enthousiasme Renée Elise Goldsberry.

Sur le papier, Altered Carbon a toutes les qualités pour jouer dans la cour des grandes, mais a-t-elle suffisamment de charme pour fédérer tous les publics ? Handicapée par une intrigue poussive, elle risque de perdre les moins persévérants.