«Séries Mania offre un regard sur la création mondiale de séries», explique la directrice générale du festival

FESTIVAL A cent jours du lancement du festival Séries Mania, à Lille, Laurence Herszberg nous livre les grandes lignes de l’événement...

Benjamin Chapon

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Laurence Herszberg, directrice générale du festival Séries Mania
Laurence Herszberg, directrice générale du festival Séries Mania — Séries Mania

« Je gère le stress grâce au chocolat. » Encore relativement sereine pour l’instant, Laurence Herszberg est à pied d’œuvre. Dans cent jours s’ouvrira le festival Séries Mania, à Lille. Oui, à Lille. Les habitués du fameux événement sériephile parisien vont devoir s’y habituer :  Séries Mania déménage. En mars 2017, Lille et la région Hauts-de-France  avaient remporté l’appel à projets du Centre National du Cinéma pour créer un grand événement à rayonnement international dédié aux séries.

Après avoir débauché la présidente du Forum des Images qui organisait la version parisienne de Séries Mania, Lille s’était également emparé du nom du festival… C’est donc un « total reboot » de Séries Mania qui aura lieu du 27 avril au 5 mai. Dans cent jours donc, tic-tac-tic-tac Madame la directrice générale.

En remportant le droit d’être LE festival international de séries soutenus par l’Etat, Séries Mania doit déménager à Lille. Heureuse de votre nouvelle adresse ?

C’est beaucoup plus qu’un déménagement, c’est un changement d’échelle, un nouveau départ. Notre ambition est de faire rayonner une ville de l’ambiance du festival, ce qui est impossible à Paris qui vit toujours à son propre rythme. Lille offre cette possibilité d’avoir une ville entière, et bientôt une région, qui vivent « séries » pendant quelques jours.

Le modèle du Festival de Cannes, à la fois très exigent sur le plan artistique et très glamour, est-il un modèle pour vous ?

Nous voulons être un événement « pro » et « pop ». « Pro » parce qu’il s’agira d’un rendez-vous professionnel, exigeant et avec une grande rigueur artistique. Et « pop » comme populaire parce que nous serons tournés vers le grand public. Il faut créer une excitation. Si les gens sont portés par l’événement, ils auront l’envie d’aller vers des découvertes plus exigeantes. Et puis le festival est entièrement gratuit : les places seront réservables quinze jours avant le festival. On veut encourager les gens à oser.

A quoi ressemblera la programmation ?

Elle se construit donc je ne peux pas entrer dans les détails. Il y a aura une cinquantaine de séries présentées, et une centaine de projections. Il y a aura les compétions [une mondiale, une française et une sur les séries innovantes], mais aussi le meilleur des séries américaines. Et nous allons créer un fan-club qui permettra au public de retrouver les héros récurrents de séries françaises qu’ils aiment au travers de projections et d’événements.

Pour attirer l’attention, il vous faudra forcément des stars, et des grosses séries américaines. C’est le défi principal ?

Pas vraiment. On a déjà montré qu’on était capable d’attirer les plus grands showrunners par le passé. On a aussi eu des exclus internationales. Rien que l’an dernier, les deux premiers épisodes de la dernière saison de The Leftovers, avec Damon Lindelof… On a reçu Matthew Weiner, David Chase, Julianna Margulies… Ça, on sait faire. Mais nous voulons aussi faire de Séries Mania le lieu où l’on peut découvrir toute la créativité européenne et mondiale en séries. Les Américains sont à la recherche d’un lieu central en Europe pour cela. Notre festival sera cet endroit ! Les gens qui font et distribuent les séries aujourd’hui cherchent sans cesse les tendances et les talents de demain. Séries Mania sera une tête chercheuse de talents.

Alors qu’il y a déjà beaucoup de séries, Apple et Facebook envisagent d’en produire également. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Il y a déjà un investissement massif incroyable dans la production de séries. Les plateformes de streaming comme Netflix investissent des milliards de dollars et tout le monde s’organise pour suivre. Il y a Amazon et Hulu qui investissent énormément, avec des résultats passionnants sur le plan éditorial. Tout le monde a intérêt à la diversité. Mais on ne sait pas où cela va nous mener. Là aussi, le festival servira à faire le point, le tri dans les propositions…

Croyez-vous que les gens qui ont l’habitude de regarder des séries chez eux feront le déplacement dans des salles de cinéma ?

Espérons-le… Il y a des changements dans les modes de consommation des séries. Dans un même foyer, chacun va avoir son écran, les usages s’individualisent. Certains binge-watchent, d’autres sont attachés à l’attente de leurs épisodes hebdomadaires… Le public a soif de nouveautés permanentes parce que l’offre est incroyable. C’est de plus en plus difficile d’installer une série sur plus de deux ou trois saisons. Il y a une tendance aux mini-séries. Un rendez-vous comme Séries Mania offre un regard sur la création mondiale de séries. Nous avons notre équipe artistique ainsi que des rabatteurs dans le monde entier. On bénéficie aussi de notre antériorité. L’objectif final est de donner une visibilité aux séries qu’on aime.