10 ans de «Breaking Bad»: Du bon usage des drogues dans les séries

ILLICITE «Breaking Bad», «Narcos», «Snowfall», pourquoi les séries semblent être devenues dépendantes aux substances illicites ?….

Anne Demoulin

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Jesse Pinkman et Walter White de la série américaine «Breaking Bad».
Jesse Pinkman et Walter White de la série américaine «Breaking Bad». — AMC

Il y a dix ans, le 20 janvier 2008 débarquait Breaking Bad sur la chaîne câblée américaine AMC. Dix ans après, le show de Vince Gilliganfigure toujours dans les classements des meilleures séries de tous les temps. De Breaking Bad à Weeds en passant par Narcos, les séries semblent être devenues dépendantes aux substances illicites. Du bon usage des drogues sur le petit écran.

Alon Aboutboul et Damson Idris dans «Snowfall».
Alon Aboutboul et Damson Idris dans «Snowfall». - Fox

Un flash d’histoire contemporaine

Un show auquel on risque de devenir accro. Snowfall, création de John Singleton, scénariste nommé aux Oscars pour le cultissime Boyz n the Hood (1991), disponible en intégralité sur Canal + à la demande, raconte l’arrivée du crack au cœur du district South Central de LA au début des années 1980.

Dans Snowfall, la poudre sert de prétexte pour explorer une période de l’histoire immédiate. Au travers d’une galerie de personnages (un apprenti dealer, un agent de la CIA, un catcheur mexicain et une ambitieuse narcotrafiquante), Snowfall montre comment le crack s’est propagé comme une traînée de poudre aux Etats-Unis dans un contexte géopolitique marqué par l’ingérence de l’Oncle Sam sur le continent Sud-américain. La série de Netflix, Narcos, a, quant à elle, tout d’abord retracé l’ascension et la chute de Pablo Escobar avant de s’intéresser en saison 3 au cartel de Cali. Même scénario pour El Chapo, qui relate la trajectoire du célèbre baron de la drogue mexicain Joaquin « El Chapo » Guzman. Un nouveau rôle pour les substances addictives, qui ont cumulé bien des fonctions dans la fiction contemporaine.

Une société en plein « bad trip »

Plus subversive encore dans les séries policières, la drogue sert depuis longtemps le reflet d’une vision pessimiste de la société. Dans The Wire de David Simon, l’héroïne structure l’économie des quartiers pauvres. The Shield montre comment la drogue est une monnaie d’échange entre flics corrompus et gangsters. Les méandres du trafic de Cannabis, diffusée sur Arte en 2016, montre les liens entre le business, la misère sociale, les ripoux et les politiciens véreux. Même approche sociologique d’une société pourrie dans Starsky et Hutch, exception faite du sympathique Huggy les bons tuyaux.

Des héros plus sur les rails

Le nombre de héros junkies dans les séries est tout simplement hallucinant. L’inénarrable Dr House se shoote au Vicodin tout comme Jackie Payton de Nurse Jackie. Le Dr John « Thack » Thackery de The Knicks prend de la cocaïne pour se booster et des opiacés pour se calmer. Le romancier Hank Moody se réconforte dans la consommation immodérée d’alcool et de narcotiques en tous genres dans Californication. Des héros faillibles aux pratiques subversives et aux âmes torturées, bref une galerie de personnages complexes qui scotchent le spectateur.

Un puissant stimulateur narratif

Dans la comédie de HBO High Maintenance, le dealer de cannabis connu sous le nom de « The Guy » ou « The Weed Guy » (« Le gars de la beuh » en français) sert de fil conducteur. Chaque épisode est dédié à l’un de ses clients. La drogue est un puissant stimulateur narratif. Breaking Bad place un homme normal, presque médiocre, l’inoubliable Walter White, au cœur d’une situation totalement extraordinaire, un trafic de méthamphétamines qu’il produit initialement pour assurer la survie matérielle de sa famille. Au contact de sa Blue Sky, il se révèle à lui-même. Dans Limitless, diffusée en 2016 sur M6, un musicien raté incarné par Jake McDorman se transforme en génie grâce à une smart-drogue appelée NZT-48. L’apparition de la substance illicite dans la vie des héros marque ainsi le début des aventures et d’un destin extraordinaire.

Un euphorisant intense

Même principe dans Weeds mais dans un registre plus comique. Nancy Botwin, veuve esseulée, se lance dans le trafic d’herbe pour assurer sa subsistance dans une banlieue chic. Le pétard est récréatif également dans That’s Seventies Show. Attention à l’overdose de fous rires !