«Un village français»: Quelle place la série occupera-t-elle dans l’Histoire ?

CLAP DE FIN Alors que France 3 diffuse ce jeudi à 20h55 le premier des six derniers épisodes, « 20 Minutes » a le bilan avec l’historienne Marjolaine Boutet…

Anne Demoulin

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Robin Renucci (Daniel)  et Audrey Fleurot (Hortense) dans la 7e saison d’«Un Village Français».
Robin Renucci (Daniel) et Audrey Fleurot (Hortense) dans la 7e saison d’«Un Village Français». — Angella ROSSI / FTV

Au revoir, Villeneuve ! France 3 diffuse ce jeudi à 20h55 le premier des six derniers épisodes d’Un village français. Ses héros, vieillis, doivent désormais rendre des comptes. En sept saisons, cette fiction a dépeint le quotidien d’une sous-préfecture du Jura de 1939 à 1945 et proposé une vision non-manichéenne de cette période trouble de l’Histoire. Au point d’intéresser les historiens. Alors, quelle place la série occupera-t-elle dans l’Histoire ?

  • Une gigantesque somme

Même s’« il est un peu tôt pour le dire », avec ses « 72 épisodes », Un village français fait figure de « petit miracle », estime l’historienne Marjolaine Boutet, auteure d’ Un village français, Une histoire de l’Occupation (La Martinière, 29 euros). Les œuvres télévisuelles sur la Seconde guerre mondiale se concentrent généralement « sur des moments plus restreints ».

  • Un travail mémoriel

« Les séries historiques font peur à la télévision française. Les Français aiment pourtant l’Histoire. La mémoire, ça prend du temps parce que c’est lié au politique », juge l’historienne. Si on n’est pas encore près de voir débarquer une longue série sur la France et l’Algérie, le succès d’Un village français montre que « l a mémoire de la période de l’Occupation progresse », puisque sa diffusion n’a pas suscité « d’énorme débat ».

  • Une leçon d’empathie

A la différence des téléfilms comme Lucie Aubrac ou Jean Moulin, « tout ici est inventé ». A la « plus grande liberté d’invention » s’ajoute que le spectateur peut « plus facilement s’identifier au personnage de Marie qu’à Jean Moulin. » Autre force, cette série chorale moderne, « ne juge pas mais invite le spectateur à se demander "et moi, qu’est-ce que j’aurais fait dans cette situation ?" », se réjouit la chercheuse. Pas de gentil, pas de méchant, juste « des gens qui ont vécu ».

  • Une vision moins manichéenne

« Il y a un souci du détail qui fait sens, comme l’absence de pomme Golden dans les corbeilles de fruits parce qu’il n’y en avait pas à l’époque ». La série, extrêmement documentée et à la pointe de l’historiographie, a proposé des personnages et trajectoires complexes. Un village français a « remis en cause l’image du héros ». La série « montre aussi les liens entre la politique et l’histoire, comment un événement, dès qu’il s’achève, est récupéré ».

  • Une œuvre intemporelle

« Cette série a un vrai caractère intemporel, tout en étant d’actualité. La justesse historiographique et psychologique fait qu’elle parle et va continuer de parler », juge l’historienne. Cette dernière saison parle de « mémoire, de souvenirs » au travers des discussions entre enfants et parents ou grands-parents : « Cela touche à notre intime. » Après les flash back, les flash foreward de ces derniers épisodes « font le lien avec nous et nous rappellent qu’il s’agit de notre histoire ».

  • Un document historique

« Une série, comme toute production humaine, est un document historique », explique l’historienne. Un village français révélera aux futures générations « la façon dont on voit l’Occupation en France dans les années 2000 et 2010 », mais aussi « les sujets qui nous préoccupent ». Un village français parle de nous.

« On a reproché à la série de ne pas suffisamment s’intéresser au catholicisme. Cela s’explique, parce que la France est déchristianisée. Les liens entre De Gaulle et les communistes, cela nous titille un peu plus que les tentatives de mettre en place une démocratie chrétienne », commente l’experte. C’est parce qu’Un village français est « le produit de son époque », que cette série « a autant de succès ».