«Kim Kong», la comédie politique française qui brave Kim Jong-un

Comédie Arte diffuse ce jeudi à 20 h 50 une mini-série drolatique et touchante, portée par Jonathan Lambert et inspirée par le kidnapping d’un cinéaste sud-coréen par Kim Jong-il…

Anne Demoulin

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Christophe Tek dans la série « Kim Kong ».
Christophe Tek dans la série « Kim Kong ». — Kwaï/Pénélope Pourriat

Un pitch comme on n’en voit pas tous les jours en France. Dans Kim Kong, minisérie en trois épisodes de 52 minutes, diffusée ce jeudi à 20 h 50 sur Arte, et créée par Simon Jablonka (Engrenages) et Alexis Le Sec (Cannabis), Mathieu Stannis (Jonathan Lambert), réalisateur de films d’action désabusé, se fait enlever sur ordre d’un dictateur asiatique complètement barré (Christophe Tek) pour tourner un improbable remake de King Kong à la gloire du régime. Kim Kong est, comme attendu, une farce absurde et jubilatoire sur les dérives du totalitarisme, mais aussi une touchante ode au 7e art. Décryptage par ses créateurs.

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Un pitch inspiré par une histoire vraie

Kim Kong s’inspire d’une histoire vraie. « Un réalisateur sud-coréen, Shin Sang-ok, s’est fait kidnapper à la fin des années 1970 par Kim Jong-il. La vraie histoire n’est pas drôle, parce qu’il a passé cinq ans en camp avant de tourner notamment un film improbable, intitulé Pulgasari, disponible sur YouTube, sur une sorte de Godzilla, un gentil monstre qui aide à une révolte contre un méchant seigneur », raconte Simon Jablonka. Sa détention a duré près de vingt ans avant qu’il ne s’échappe en 1986.

Une comédie politique qui s'inspire de la Corée du Nord

La dictature décrite dans Kim Kong « est un pays imaginaire, ce n’est pas la Corée du Nord, même si elle s'inspire de ce pays. Faire une série sur la Corée du Nord était impossible, parce que la réalité est une tragédie », explique Simon Jablonka. « On voulait faire une comédie politique et universelle, comme To be or not To Be de Lubitsch ou Le Dictateur de Chaplin avec un ton drôle et touchant à la fois », poursuit le producteur de la série, Thomas Bourguignon.

Cette dictature imaginaire emprunte ses décors à la Thaïlande, sa langue au Mandarin, et son identité visuelle au réalisateur Stephen Cafiero. « Il avait cet humour qu’on avait beaucoup aimé dans Irresponsable, mais il a aussi beaucoup travaillé en publicité et a donc cette capacité à créer un monde très rapidement, avec des codes visuels très forts ». « J’ai essayé de faire un univers qui reste plausible même s’il est imaginaire », renchérit Stephen Cafiero.

Un rôle qui fait découvrir un autre Jonathan Lambert

Lorsqu’il a découvert le scénario de la minisérie, Jonathan Lambert était justement en train de roder son spectacle qui a pour thème les dictateurs. Il décide de se « battre jusqu’au bout pour décrocher le rôle » de Mathieu Stannis et passe trois séries d’essais. « Ce que les gens connaissent de moi, ce sont des personnages outranciers. J’ai été très heureux de montrer que sans perruque, et sans pustules sur le visage, je pouvais faire rire et être crédible », confie l’acteur qui livre ici une performance remarquable.

« On a l’habitude de le voir construire des personnages hauts en couleur, là, c’était lui qui campait le personnage véridique, et autour de lui, les autres, complètement fous », souligne le réalisateur. Face à lui, Christophe Tek, impeccable dans le rôle du tyran, caricature à peine déguisée de Kim Jong-un. « On a travaillé la folie du personnage. L’idée, c’est que, lorsqu’il entre dans une pièce, on ne sait pas comment ça va finir : ça peut être sympa ou il peut tuer quelqu’un », résume Stephen Cafiero. Pour compléter le casting, Audrey Giacomini et Frédéric Chau (Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?).

Une ode à la création cinématographique

Mathieu Stannis, qui a perdu le goût de créer à force d’enchaîner les blockbusters d’action à la Luc Besson, va paradoxalement retrouver l’inspiration et le goût de créer, sous le joug du tyran, parce que le vrai cinéma est une question de « vie ou de mort ». « Le roman de Stephen King, Misery, est l’autre source d’inspiration. La série se demande en quoi la contrainte est source d’inspiration. Comme Annie Wilkes, dans Misery, le dictateur est un fou de cinéma qui pousse le réalisateur à donner le meilleur de lui-même », commente Simon Jablonka.

« On a aussi pensé aux réalisateurs qui ont connu des tournages difficiles comme Coppola sur Apocalypse Now. Paradoxalement, alors qu’on racontait l’histoire de quelqu’un qui vit une situation horrible, nous, on travaillait avec Arte probablement ma meilleure expérience télévisuelle », s’amuse Alexis Le Sec. Résultat, une comédie douce-amère à ne pas rater !