Jean-Paul Gonzalez, spécialiste des maladies virales à l’université de Bangkok

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Depuis plus de quinze ans, Jean-Paul Gonzalez traque les virus. Directeur de l’unité maladies virales émergentes et systèmes d’information de l’université Mahidol, à Bangkok, il a été contacté par le gouvernement thaïlandais pour lutter contre le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS). Les réactions des gouvernements et des administrations vous ont-elles semblé adéquates ? Tout le monde a été pris de court, comme toujours. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a sonné le réveil de la communauté scientifique en lançant son alerte générale. On a accusé la Chine, mais c’est injustifié. En février ou mars, la maladie ne semblait pas évolutive. Et dès qu’il a fallu suivre de plus près la propagation, le gouvernement chinois s’est montré efficace. Etes-vous optimiste ? Une équipe est en train de mettre en place un modèle expérimental pour voir si le coronavirus (lire ci-dessous) est vraiment responsable de la mort. Une étape indispensable. A moins que la maladie ne présente une grande originalité, je pense que l’épidémie devrait s’éteindre d’elle-même si tout le monde reste vigilant. L’écologie de ce virus me fait penser au nipavirus, en 1999, qui s’est transmis de la chauve-souris au porc, puis du porc à l’homme, chez lequel il a finalement fait peu de dégâts. Mais si on trouve un porteur sain du virus de la pneumonie atypique, c’est mauvais signe : cela veut dire que le virus s’est bien adapté à l’homme. Quels sont les premiers enseignements de cette épidémie ? Le rôle des avions est un cas d’école. Depuis vingt ans, on sait que des germes pathogènes peuvent se propager très facilement par les airs, car le temps du voyage est souvent inférieur au temps d’incubation. Mais c’est la première fois que le phénomène prend une telle ampleur. L’épidémie met aussi en évidence les problèmes sanitaires dans les mégalopoles.