Les neutrinos, particules fondamentales de la matière, dévoilent un peu de leurs secrets

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De premiers résultats dans l'étude des neutrinos, particules fondamentales de la matière, obtenus lors d'une expérience internationale à Chooz dans les Ardennes, pourraient aider ultérieurement à comprendre pourquoi l'univers est constitué de matière et non d'antimatière
De premiers résultats dans l'étude des neutrinos, particules fondamentales de la matière, obtenus lors d'une expérience internationale à Chooz dans les Ardennes, pourraient aider ultérieurement à comprendre pourquoi l'univers est constitué de matière et non d'antimatière — Francois Nascimbeni afp.com

De premiers résultats dans l'étude des neutrinos, particules fondamentales de la matière, obtenus lors d'une expérience internationale à Chooz dans les Ardennes, pourraient aider ultérieurement à comprendre pourquoi l'univers est constitué de matière et non d'antimatière.

Au départ, le Big Bang a produit autant de matière que d'antimatière, elles se sont autodétruites mutuellement, mais "une toute petite différence a permis à la matière de l'emporter", explique Hervé de Kerret, porte-parole de l'expérience "Double Chooz" dont il vient de présenter les résultats lors d'une conférence scientifique à Séoul.

Le "petit reste" ayant échappé à l'annihilation, c'est-à-dire toute la matière actuelle, des galaxies à l'air qu'on respire, ne représenterait qu'un "milliardième" de la matière créée au départ. "Au moment du Big Bang, il fallait qu'il y ait une violation de la symétrie matière antimatière, sinon on ne serait pas là", a déclaré le physicien samedi à l'AFP.

La clé du mystère pourrait être donnée par les neutrinos, un milliard de fois plus nombreux dans l'univers que chacun des constituants des atomes (électrons, protons, neutrons).

Passe-muraille difficiles à détecter car ils interagissent rarement avec la matière qu'ils traversent, ces neutrinos issus des rayons cosmiques, du coeur Soleil ou de réactions nucléaires sur Terre, ont la propriété de se métamorphoser en trois formes différentes ou "saveurs".

Sur les trois paramètres permettant de définir ces transformations ou oscillations, "deux étaient bien connus et on était à la recherche du troisième", résume M. de Kerret.

A Chooz, un détecteur enfoui sous une colline à 1 km des deux réacteurs de la centrale nucléaire, a permis une avancée. "Ce troisième paramètre qu'on cherche depuis longtemps, on a la main dessus", relève M. de Kerret, même s'il reste à le définir plus précisément.

Principal acquis : comme les deux paramètres déjà connus, il serait d'une taille suffisante pour ouvrir la voie à des recherches plus ambitieuses.

"Les 3 paramètres sont assez grands, cela semble se confirmer depuis ce résultat. Ce qui va permettre de faire des expériences pour étudier la violation de symétrie matière antimatière", dit-il, évoquant de "très gros projets" en Europe (Laguna), aux Etats-Unis et au Japon, avec des détecteurs pesant jusqu'à 100.000 tonnes.

Dans l'immédiat, l'expérience "Double Chooz" associant 8 pays (Allemagne, Brésil, Espagne, Etats-Unis, France, Japon, Royaume-Uni, Russie) se poursuit en Ardennes où l'entrée en service en 2012 d'un deuxième détecteur, à 400 m de la centrale, devrait aider à mieux définir le troisième paramètre-clé.