Le Grand requin blanc, "une merveilleuse machine qui va disparaître"

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Le Grand requin blanc, loin d'être uniquement une "mâchoire" ou un "mangeur d'hommes" surgi tout droit des "Dents de la mer" ou d'un de ses avatars hollywoodiens, est avant tout "une merveilleuse machine qui va disparaître", pour Patrice Héraud, qui le photographie depuis 20 ans.

"On a peur de ce qu'on ne connaît pas, et le requin blanc, on ne le connaît pas", affirme à l'AFP ce photographe et instructeur de plongée, qui présentera son travail dimanche à l'Aquarium de La Rochelle pour le lancement français de la Semaine européenne des requins organisée par une coalition d'ONG.

En une vingtaine d'années, Patrice Héraud a couru les océans pour photographier le "Grand blanc". Un "seigneur des océans" encore bien mal connu, filmé pour la première fois en 1965 seulement, et dont on peine encore à évaluer la population mondiale.

"Je ne suis pas un scientifique", précise-t-il, "ce que je peux raconter, ce sont les centaines d'heures passées auprès de cet animal".

Cet animal, il le voit doté d'une "curiosité naturelle" mais pas agressif, bien loin de sa réputation de "mangeur d'hommes" héritée de dizaines de films, des "Dents de la mer" au récent "Sharks" 3D, qui ont agité son aileron et son impressionnante mâchoire pour effrayer des générations de spectateurs.

Une réputation qui tient aussi à des accidents spectaculaires, comme cette année à La Réunion où ont été enregistrées cinq attaques de squales dont deux mortelles.

A l'échelle mondiale, les attaques restent cependant plutôt rares avec 715 attaques de requins recensées entre 2000 et 2010 (pour 54 victimes), dont 66 attribuées à un grand requin blanc.

"Une allumette dans une boîte"

"Quand il attaque un homme, c'est qu'il le confond avec un animal", assure Patrice Héraud, qui ne demande pas qu'on "aime le requin, mais qu'on le respecte" alors que plus de 70 millions de requins (toutes espèces confondues) seraient victimes de la pêche chaque année.

Le "Grand blanc", le photographe-plongeur est parti à sa rencontre en 1990 en Afrique du Sud, s'immergeant dans une cage "de bric et de broc" flottant en surface et observant un animal attiré vers le bateau par "un filet d'huile de poissons et de déchets".

"J'avais l'impression d'être une allumette dans une boîte quand je voyais passer le corps de ce requin énorme", se souvient-il, effrayé, bien sûr, mais plus fasciné que jamais par cette "machine merveilleuse".

C'est en Australie que le photographe continue depuis 1998 à approcher le "Grand blanc" en participant aux campagnes d'observation de la Fondation de Rodney Fox, un Australien attaqué par un spécimen dans les années 60, devenu aujourd'hui l'un de ses plus fervents protecteurs.

Le photographe utilise une cage spécialement conçue, posée à même le fond de la mer, par 20 à 40 mètres de fond, pour aller chercher le "Grand blanc" sur "son territoire" et non plus en surface où c'est l'homme qui l'attire.

Une cage d'où il n'hésite pas à sortir, sous la surveillance d'autres plongeurs, en restant toujours dos à la cage, raconte-t-il, pour éviter d'être pris par surprise par "un animal qui a une fâcheuse tendance à arriver toujours par l'arrière".

"Au niveau photo, c'est un animal vraiment parfait", s'enthousiasme-t-il.

"Les premiers avions ont été faits à partir de la forme du requin, et on a copié le requin, au niveau de sa peau, pour les revêtements de sous-marins", rappelle un photographe dont les impressionnants clichés agrémentent le livre "Le Grand requin blanc, du mythe à la réalité" (édition Glénat), co-écrit avec la vulgarisatrice scientifique Alexandrine Civard-Racinais.