Les cellules souches pour sauver des espèces en voie d'extinction?

SCIENCES Des chercheurs pensent pouvoir créer des animaux in vitro à partir d'un simple échantillon de peau congelée...

Philippe Berry

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Un des derniers spécimens de rhinocéros blanc, dans une réserve au Kenya, en janvier 2010.
Un des derniers spécimens de rhinocéros blanc, dans une réserve au Kenya, en janvier 2010. — DESRUS BENEDICTE/SIPA

De notre correspondant à Los Angeles

Il ne reste que sept rhinocéros blanc du Nord dans le monde. L'espèce, comme des milliers d'autres, se trouve au bord de l'extinction. Si le clonage était envisagé comme méthode miracle pour inverser la tendance, le faible taux de réussite et les complications génétiques rencontrées ont poussé les chercheurs à explorer d'autres pistes. L'une d'elles, qui mise sur les propriétés des cellules souches, est détaillée dans le magazine Nature par l'équipe de Jeanne Loring, de l’institut de recherche Scripps de la Jolla en Californie.

La version courte? Les scientifiques ont réussi, à partir de cellules de peau de rhinocéros, à obtenir des cellules souches. S'ils parviennent à différentier ces cellules «mères» en gamètes (spermatozoïdes, ovule), ils pourraient alors, si tout va bien, donner naissance à un bébé rhino via fécondation in vitro.

Controverse éthique

Pour obtenir les cellules souches, ils ont en quelque sorte inversé le processus de différenciation cellulaire des cellules de peau via un rétrovirus. Un peu comme si à partir d'un gâteau, on réussissait à recréer des œufs et de la farine, pour ensuite en faire une tarte. L'équipe de Jeanne Loring n'a pas encore réussi à créer des spermatozoïdes, mais la biologiste se dit «optimiste». Le mois dernier, des chercheurs japonais ont réussi cette procédure chez la souris.

Ces expériences s'accompagnent évidemment d'un débat éthique. Outre le classique «l'homme joue à l'apprenti sorcier en manipulant le vivant», certains estiment que l'extinction –et l'apparition– d'espèces fait partie des cycles naturels de la planète et que de s'en mêler pourrait avoir des conséquences non mesurées. A peu près tous les scientifiques s'accordent cependant sur le fait que l'activité humaine menace la biodiversité.

Les chercheurs travaillent ici en partenariat avec le zoo de San Diego, qui a congelé des échantillons de plus de 800 espèces menacées d'extinction depuis 1972. Pour recréer des dinosaures à la Jurrasic Park, il faudra donc repasser.