H5N1: on échappera peut-être à la pandémie

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Une équipe américano-japonaise de biologistes vient d'élucider le mécanisme qui empêche, pour l'instant, la grippe aviaire de devenir une pandémie. Cette découverte expliquerait pourquoi le virus H5N1, tout en étant très pathogène pour l'homme, ne se transmet pas d'un individu à l'autre. Bien qu'elle ravage les volailles et les oiseaux sauvages depuis une dizaine d'années, la grippe aviaire a, à ce jour, fait une centaine de victimes humaines, ce qui est peu à l'échelle mondiale.

En tentant de découvrir les barrières moléculaires qui empêchent la transmission interhumaine de ce virus, Kyoko Shinya et ses collègues ont fait une constatation importante : les virus grippaux humains et aviaires ne se fixent pas dans les mêmes régions de l'appareil respiratoire. Leurs travaux viennent d'être publiés dans la revue Nature. Contrairement aux souches « humaines » (H1N1 ou H3N2), qui peuvent se multiplier dans les cellules des voies aériennes supérieures (pharynx, nez, bronches), les virus de la souche H5N1 ne peuvent infecter que les cellules des alvéoles, au plus profond des poumons. H1N1 et H3N2, déversés en grande quantité dans les sécrétions muqueuses nasales et bronchiques, sont ensuite disséminés en aérosol par la toux et les postillons, avant d'être avalés ou aspirés par quelqu'un d'autre. Alors que H5N1 reste prisonnier des tissus alvéolaires. De même, pour infecter l'homme, le virus aviaire doit atteindre les alvéoles ; ce qui explique pourquoi il est dangereux d'être trop longtemps au contact de volailles infectées.

Yaroslav Pigenet

Selon l'OMS, le virus H5N1 a infecté au total 186 personnes depuis 2003. La plupart habitaient en Asie, dont près de la moitié au Vietnam. Parmi elles, 105 sont décédées des suites de la grippe aviaire.