Le moteur du futur sera le même qu'aujourd'hui tout en consommant moins

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La relation entre pollution de l'air par les transports et risques sur la santé est confirmée mais les voitures du futur, quoique moins polluantes, continueront de fonctionner comme aujourd'hui avec un moteur thermique ou hybride électrique, estiment les experts réunis à Bordeaux.

"Dans les grands centres urbains entre 50 et 70% de la pollution de l'air est due au trafic routier", indique Joëlle Colosio, chef de service qualité de l'air à l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), qui dressait cette semaine lors du carrefour de la recherche et de l'innovation dans les transports terrestres (Predit) le bilan de dix années de recherche sur les impacts des transports sur la qualité de l'air.

"Si certains polluants dans l'air ont baissé, les impacts sanitaires sont réels même sur des concentrations très faibles de très fines de particules", explique-t-elle.

Les études ont ainsi prouvé que ces particules ultra-fines pénètrent profondément dans les voies respiratoires et aggravent l'asthme ou les phénomènes de bronchites chroniques. La proportion de cancers attribués à certaines particules atteint même 60% en Ile-de-France pour les zones à proximité du trafic et si la pollution de l'air en France conduit à 42.000 morts prématurées c'est aussi 9,6 mois de vie en moins pour chaque Français.

Ce constat alarmant amène l'experte à réfléchir "sur des technologies plus performantes sur les moteurs mais aussi à agir sur l'usage individuel des transports".

Ainsi à court terme la priorité est donnée à la diversification des moyens de transports pour circuler d'un point à un autre (voiture, rail, vélo, etc.) pour le particulier comme pour le fret.

A moyen terme les espoirs se fondent eux sur l'industrie automobile car le principal écueil est le lent renouvellement du parc estimé entre 20 et 30 ans.

"De 6 et 8 millions de véhicules de plus de 15 ans, qui dégagent de 20 à 30 fois plus de particules qu'un véhicule récent, circulent encore", constate ainsi Jean Delsey, membre de la direction scientifique à l'institut français des sciences et technologies des transports, de l'environnement, de l'aménagement et des réseaux (IFSTTAR).

Selon lui, "depuis dix ans les émissions de polluants ont été réduites de 10 à 30 fois grâce aux progrès sur la combustion, le catalyseur, les additifs d'échappement et les filtres" et la priorité est aujourd'hui donnée "à l'allègement des véhicules".

Si les constructeurs automobiles s'essaient timidement à la recherche sur des modèles de propulsion alternatifs, M. Delsey affirme que les véhicules du futur continueront de fonctionner sur le vieux concept du moteur thermique.

"Ces moteurs consomment de moins en moins et dans 15 à 20 ans au minimum ils pourront fonctionner avec du carburant de 2e génération", assure-t-il.

Ainsi selon lui, en 2050 le parc automobile sera composé "de 40 à 50% de moteurs thermiques simples avec des cylindrées plus petites dont la plupart auront un système de type stop/start, 25% seront tout électrique à batterie lithium, et le reste, entre 30 et 40% seront des véhicules hybrides essence ou diesel et électriques".

Quid des moteurs à hydrogène ? "Il n'existe pas naturellement, il faut le produire". Quid du moteur à air comprimé ? "Il ne peut pas être utilisé en source principale", juge-t-il.

"Les voitures hybrides offrent le meilleur compromis", tandis que le moteur électrique restera pénalisé par ses performances en termes d'autonomie qui "mathématiquement ne pourront pas être augmentées", assure M. Delsey.

Du côté des transports de marchandises rien de neuf non plus à l'horizon. "Les camions de livraison inférieurs à 15 tonnes seront hybrides et les 38 tonnes fonctionneront toujours au diesel, on ne sait pas faire mieux", dit-il, "mais ils seront beaucoup moins polluants".