Homme ou robot, qui doit explorer l'espace ?

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L'exploration humaine de l'espace entamée il y a 50 ans avec le vol de Gagarine, puis marquée dès 1969 par le premier pas de l'homme sur la Lune, reste coûteuse. Les sondes robotiques peuvent-elles faire mieux ? Le débat continue entre pro-robots et défenseurs du vol habité.

Envoyer des hommes dans l'espace, est-ce du gaspillage ?

Après le sourire du premier cosmonaute, l'humanité a découvert les visages d'autres pionniers, donnant à la conquête de l'espace, tout au moins celui situé entre la Terre et la Lune, un impact politique, médiatique, émotionnel.

Alors que la Station spatiale internationale, qui a coûté quelque 100 milliards de dollars, reste en orbite basse, des sondes révèlent les mystères de Saturne, Mars, Mercure et du Soleil ou se lancent dans des rendez-vous avec comètes et astéroïdes.

Grâce à une armée de satellites, l'internet, la téléphonie mobile ou le positionnement GPS sont à notre portée. L'atmosphère, les océans, l'impact de l'homme sur l'environnement sont observés. Tout cela sans présence humaine à bord.

Le vol de Gagarine a été "vraiment spectaculaire", comme la conquête de l'Everest, mais à part l'excitation, cela n'a pas réellement affecté notre vie", estime Gerard DeGroot (Université St Andrews, Ecosse), auteur d'un ouvrage critique sur le programme Apollo.

La volonté de gagner la course à la Lune aurait peut-être même "retardés les progrès dans la technologie des satellites", selon lui.

Dans leurs discours sur les vols habités les présidents américains successifs ne parlent pas de science, mais d'exploration "au sens des explorateurs des 16e et 17e siècles", relève Francis Rocard, responsable de missions robotiques au Centre national français d'études spatiales (CNES).

"Les vols habités en orbite basse, ça a cessé de plaire", d'où l'idée d'aller sur Mars, analyse-t-il.

Mais "l'intérêt numéro 1 des scientifiques, c'est pas l'homme, c'est le retour d'échantillons de Mars" qu'il serait possible d'analyser sur Terre avec "nos synchrotrons, nos spectromètres de masse de 15 tonnes", intransportables, relève cet expert.

Lors d'une mission habitée, étant donnée la dimension des vaisseaux, le "porte-bagage" pour le matériel scientifique est plus important. C'est "le seul argument" en faveur le présence humaine, dit-il.

Recourir à l'homme paraît contradictoire pour rechercher une vie bactériologique sur la planète rouge où toute sonde doit être extrêmement stérile, afin d'éviter toute contamination des échantillons.

Un aller-retour sur Mars pour en ramener des échantillons avec des véhicules robotiques pourrait coûter entre 5 et 10 milliards de dollars, bien moins qu'une mission habitée.

En dollars d'aujourd'hui, la mission Apollo se chiffrerait à quelque 165 milliards de dollars, pour "Mars ce sera nettement plus cher, peut-être 200 à 300 milliards de dollars", ajoute M. Rocard. A titre de comparaison, dit-il, une "bonne mission scientifique" robotique revient à 1 milliard, voire le triple pour les plus chères.

Les vols habités coûtent seulement "1 euro par an et par Européen", insiste pour sa part Michel Tognini, responsable du centre d'astronautes de l'Agence spatiale européenne, pour qui un robot "fait beaucoup moins" qu'un homme.

"Si on veut de bons résultats, il faut envoyer des milliers de robots", et alors "l'homme est moins cher", assure cet ancien spationaute.

A l'heure des mondes virtuels, l'homme pourrait se fier aux images de plus en plus précises des robots, estime Jacques Arnould, chargée des questions éthiques au sein de l'agence spatiale française.

"On n'aura pas nécessairement un humain qui, comme Gagarine, nous dira : +Ah que Mars est une belle planète!+. Mais on peut déjà y être présents par des moyens de plus en plus sophistiqués".