Anniversaire du premier vol habité: Que réservent les 50 prochaines années pour la conquête spatiale?

SCIENCES Un demi-siècle après la mission de Gagarin, l'exploration spatiale traverse une période d'incertitude...

Philippe Berry

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Ed White, le premier astronaute américain à effectuer une sortie dans l'espace, le 3 juin 1965.
Ed White, le premier astronaute américain à effectuer une sortie dans l'espace, le 3 juin 1965. — NASA

De notre correspondant à Los Angeles

Le 12 avril 1961, Youri Gagarine devenait le héros de l'URSS en étant le premier homme à admirer la Terre par le hublot de sa capsule Vostok. Cinquante ans et une récession majeure plus tard, l'espace n'est plus vraiment la priorité de gouvernements qui peinent à équilibrer leurs budgets. En revanche, de nombreuses compagnies privées veulent prendre le relais. Que réservent les 50 prochaines années? 20minutes.fr fait le point, les yeux braqués sur les étoiles.

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Aujourd'hui: la mise à la retraite des navettes américaines

Malgré les protestations de Neil Armstrong, Obama a confirmé la décision de George W. Bush: direction le garage pour les trois navettes américaines. Discovery a déjà effectué sa dernière mission début mars. Endeavour va suivre puis Atlantis tirera sa révérence fin juin. Et ensuite? L'acheminement d'astronautes vers l'ISS sera surtout laissé à la charge des vaisseaux russes Soyouz, en attendant la relève des lanceurs lourds US, dont le développement doit commencer vers 2015, si tout va bien.

Demain: des vols commerciaux à la frontière de l'espace...

Richard Branson en est le grand ambassadeur: depuis sa présentation fin 2009, son bébé, SpaceShipTwo, subit de nombreux tests avant des premiers vols commerciaux attendus mi-2012. Plus de 400 clients auraient déjà réservé leur billet, selon Virgin Galactic. Pour 140.000 euros, ils grimperont à 110 km d'altitude, juste au-dessus de la ligne qui marque la séparation entre l'atmosphère terrestre et l'espace, et auront droit à quelques minutes de vol en apesanteur. D'autres voyagistes de l'espace sont sur les rangs, comme Blue Origin, une société fondée par le patron d'Amazon, Jeff Bezos.

et peut-être vers l'ISS

Pourquoi s'arrêter à la frontière de l'espace? D'autres visent plus haut, carrément en orbite. Space Exploration Technologies (SpaceX) est la première compagnie privée à avoir lancé, mis en orbite et récupéré avec succès une capsule, fin 2010. L'entreprise compte désormais plus de 1.000 employés et devrait aider la Nasa à acheminer du matériel vers l'ISS. Elle travaille également pour aménager sa capsule Dragon afin de pouvoir emmener des touristes ou des scientifiques jusqu'à la station spatiale internationale, située à 350 km d'altitude. Cette dernière devait initialement prendre sa retraite en 2016 mais la durée de sa mission devrait être étendue jusqu'à l'horizon 2020, au minimum. SpaceX a également prévu de tester, fin 2013, son super lanceur Falcon Heavy, théoriquement capable de mettre en orbite des satellites deux fois plus lourds que ce que peuvent faire Ariane 5 ou Delta IV.

L'homme de retour sur la Lune en 2025, avant Mars en 2035?

En mettant une bonne partie du programme Constellation (en retard et mal financé) à la poubelle, Barack Obama a renoncé à renvoyer un homme sur la Lune. En revanche, la Chine, qui travaille à sa propre station spatiale, évoque l'horizon 2025 pour une mission habitée sur l'astre lunaire. Obama «espère» que les Etats-Unis disposeront, d'ici à 2025, de vaisseaux capables d'envoyer des missions habitées au-delà de la Lune, comme sur un astéroïde –ce qui serait une première. Le vague planning prévoit ensuite une mission habitée en orbite autour de Mars pour «les années 2030», avant, peut-être, d'y poser le pied par la suite.

Le système solaire, l'ultime frontière de ce siècle?

Les auteurs de science-fiction ne manquent pas d'imagination pour envisager une colonisation de notre galaxie. Ascenseur spatial, base lunaire ou martienne, propulsion via une voile solaire... Tout cela sera peut-être réalisable un jour, mais pas tout de suite, tempère pour 20minutes.fr Geoff Marcy, astronome de la mission Kepler. Selon lui, envoyer une sonde prendre des photos dans le voisinage de l'étoile la plus proche du Soleil, Proxima du Centaure (dans l'hypothèse où des exoplanètes y seraient détectées) devrait être «réalisable» d'ici la fin du siècle. Il rappelle cependant que le voyage, à une vitesse de 10% de la vitesse de la lumière, durerait «une cinquantaine d'années». Pour le scientifique, seules une collaboration internationale et des avancées en mécanique et en médecine rendront cette frontière accessible. En attendant, pour admirer les étoiles, lever le nez reste la seule solution pour le commun des mortels.