A Fukushima, une technologie courante mais ancienne voire dépassée

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La centrale nucléaire de Fukushima, au bord de la catastrophe, fonctionne avec des réacteurs conçus par le groupe américain General Electric (GE) il y a un demi-siècle, dont les insuffisances connues de longue date étaient censées avoir été corrigées.

L'autorité américaine de régulation du nucléaire, la NRC, avait exigé dès 1980 que les compagnies d'électricité exploitant les centrales à eau bouillante (BWR) de type Mark 1, comme celle de Fukushima, en renforcent les mesures de confinement, selon un porte-parole de GE.

"Nous avons fourni les équipements de renforcement au Japon", a assuré le porte-parole de GE Mike Tetuan, interrogé par l'AFP. "A notre connaissance, toutes les unités chargées du confinement des réacteurs BWR Mark 1 à Fukushima Daiichi se sont occupées de la question et des modifications ont été mises en oeuvre, conformément aux exigences des autorités de régulation japonaises", a-t-il ajouté.

Il n'a pas pu comparer les exigences japonaises avec celles en vigueur par exemple aux Etats-Unis.

Mais selon un expert de l'Union des scientifiques inquiets américains (UCS), Edwin Lyman, ancien président de l'Institut américain de Contrôle nucléaire, les critères de sécurité américains sont en tout état de cause insuffisants.

"Les exigences sont encore assez minimales", a noté M. Lyman mercredi lors d'un point de presse téléphonique. "Je crois qu'on exige juste de pouvoir faire face à une panne de 48 heures, avec le présupposé que la cavalerie viendra à temps pour sauver la centrale". "Nous pensons que toutes ces exigences devront être réexaminées à la lumière de ce que vous voyons à Fukushima", a-t-il ajouté.

Selon le New York Times, les autorités américaines avaient envisagé dans les années 1970 de carrément interdire la technologie Mark 1, avant d'y renoncer de crainte de mettre un coup d'arrêt au nucléaire.

Actuellement, il y a 32 réacteurs de type BWR Mark 1 dans le monde, a précisé M. Tetuan. Depuis lors, GE a produit de nombreux autres types de réacteurs à eau bouillante, Mark 2, Mark 4 Mark 6, etc., avec des dispositifs de confinement chaque fois perfectionnés.

Un autre facteur a été mis en cause dans le désastre de Fukushima: l'utilisation de combustible recyclé MOX, au lieu d'uranium pur.

Chez le spécialiste français du nucléaire Areva, dont la fourniture de MOX à Fukushima a été mise en cause, on s'est défendu que l'utilisation de ce combustible recyclé puisse être jugée responsable de la catastrophe. "Tous les réacteurs de Fukushima ne sont pas au MOX, il n'y en a qu'un, le 3, qui à cet instant est stabilisé", a indiqué à l'AFP une porte-parole d'Areva en Amérique du Nord, Laurence Pernot. Elle a noté plus généralement qu'"il y a 548 assemblages dans ce réacteur, et il y en a (seulement) 32 de MOX".

Un expert de Greenpeace cité mardi par le site internet d'informations owni.fr, Shaun Burnie, qualifiait le MOX de "matière la plus dangereuse de la planète". "Dans la demi-heure qui a suivi le tremblement de terre, toutes les personnes qui connaissent les affaires de Fukushima pouvaient se douter de ce qui allait arriver".

Areva a par ailleurs pu se trouver conforté par l'expert Ed Lyman, qui a noté que les quadruples dispositifs de sécurité de son modèle EPR auraient eu de meilleures chances de résister dans les circonstances de Fukushima. "A notre avis l'EPR, dont je ne veux pas me faire l'avocat parce qu'il y a d'autres questions, a été conçu à des normes (de sécurité) plus élevées" que celles des autorités américaines, a indiqué M. Lyman. La présidente d'Areva, Anne Lauvergeon, a affirmé mercredi que l'EPR aurait évité les fuites radioactives à Fukushima.