Les scientifiques attendaient plutôt un séisme près de Tokyo

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Le séisme qui a frappé vendredi le nord-est du Japon a surpris les scientifiques, qui s'attendaient plutôt à un séisme au sud-ouest de Tokyo, explique Jérôme van der Woerd, chercheur au CNRS, rattaché à l'Institut de physique du globe de Strasbourg (IPGS).

Q: Le séisme d'une magnitude de 9,0 qui a frappé le Japon est le quatrième plus fort à la surface du globe depuis 1900. S'attendait-on à un séisme d'une telle ampleur dans cette région du Japon ?

R: "Ce séisme n'était pas prévu. Nous ne l'avions pas vu venir. Nous nous attendions à des séismes plus petits et plus localisés. La longueur de la rupture est de 500 km, nous ne pensions pas que la zone pouvait rompre d'un coup. Cela signifie que nous avions une idée pas tout à fait juste de cette Fosse du Japon. On apprend avec les événements. Nous attendions plutôt un événement dans la zone de la Fosse de Nankai, au sud-ouest de Tokyo, ce que certains scientifiques appellent le +Big One+".

Q: Quels éléments permettent de supposer qu'un tel événement pourrait se produire ? Le séisme de vendredi et les répliques qui ont suivi augmentent-ils la probabilité qu'il se produise ?

R: "Dans cette région, l'histoire sismique laisse supposer qu'il existe cinq segments majeurs qui cassent de manière successive ou concomitante, avec un rythme de 90 à 200 ans. Le segment oriental, dit de Tokai, qui se trouve au sud de Tokyo n'a pas rompu depuis le 23 décembre 1854 et aurait une probabilité de casser prochainement supérieure à celles des autres segments. En fait le segment de Tokai devrait rompre entre maintenant et bientôt. Le séisme de vendredi peut ou pas favoriser la survenance de ce phénomène. Mardi, un séisme de magnitude 6 s'est produit dans la zone du Big One, mais il n'est pas nécessairement lié à ce qui s'est passé".

Q: Quelles suites peut-on craindre au séisme de vendredi ?

R: "Il est certain qu'on va avoir des répliques de magnitude 4 ou 5 sur la zone qui a rompu. Il est possible qu'une réplique plus importante survienne, il est possible aussi que la dislocation se poursuive vers le sud, vers la fosse de Izu-Bonin, ce qui pourrait engendrer un risque de tsunami important au large de Tokyo".