Des défenseurs des animaux au secours de chimpanzés cobaye retraités

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Un groupe de défense des droits des animaux bataille contre les Instituts nationaux américains de la santé (NIH) pour qu'ils renoncent à utiliser des chimpanzés de laboratoire déjà retraités, relançant le débat sur l'utilité des expériences sur les singes.

"Les NIH ont agi illégalement quand ils ont transféré en 2010 14 chimpanzés (retraités), quatre femelles et dix mâles, dans un laboratoire controversé de recherche à San Antonio au Texas afin de les utiliser pour des expériences risquées", explique à l'AFP le Dr John Pippin, un médecin de Dallas (Texas).

Le Dr Pippin est un des principaux représentants de l'Association des praticiens pour une médecine responsable (PCRM), qui milite pour plus d'éthique dans la recherche médicale.

Face à la situation au laboratoire de San Antonio, le Dr Pippin et quatorze autres médecins de l'organisation ont engagé cette semaine une procédure contre les NIH.

Selon eux "le transfert des chimpanzés a été arbitraire". Ils demandent de ce fait le rapatriement immédiat des animaux au centre de retraite des primates d'Alamogordo, au Nouveau Mexique (sud-ouest), où ils se trouvaient avec 186 autres chimpanzés.

Interrogé par l'AFP, les NIH n'ont fait dans l'immédiat aucun commentaire.

Ces chimpanzés "sont vieux et malades", insiste le Dr Pippin et "ces recherches sont cruelles et inutiles", ajoute-t-il.

Après le transfert de ces 14 chimpanzés en 2010, l'association PCRM, d'autres groupes de défense des animaux et le gouverneur démocrate du Nouveau-Mexique, Bill Richardson, sont parvenus à convaincre les NIH de suspendre le transfert des 186 autres chimpanzés d'Alamogordo, situé dans une base aérienne, raconte le Dr Pippin.

Les NIH ont accepté d'attendre les conclusions d'une recherche que va mener l'Institut national de médecine sur les mérites d'utiliser des chimpanzés dans des expériences pour la recherche médicale, précise-t-il.

Mais selon lui, il faudra attendre de 18 mois à deux ans pour les conclusions de cette étude qui fera probablement autorité.

"Il n'y a aucune valeur scientifique à faire ces expériences avec des chimpanzés et la meilleure preuve c'est qu'après avoir étudié ces singes pendant des décennies nous n'avons toujours pas de vaccin contre l'hépatite C, le sida ou le paludisme", avance le Dr Pippin.

Les chimpanzés --qui vivent 30 ans en moyenne en captivité-- sont utilisés pour tenter de développer des traitements contre ces infections, mais pas pour le cancer, note-t-il.

Ces expériences "sont donc inutiles et horriblement inhumaines", juge ce médecin, soulignant que les Etats-Unis restent le seul pays industrialisé à faire des expériences médicales sur les chimpanzés.

Ainsi en 2010 l'Union européenne a interdit d'utiliser ces singes pour des recherches médicales, suivant l'exemple du Japon, de l'Australie et d'autres pays riches.

Mais nombre de chercheurs sont totalement en désaccord et défendent vigoureusement l'importance à leurs yeux des animaux de laboratoire comme les souris, y compris les chimpanzés, pour faire avancer la médecine.

"Nous avons fait beaucoup de progrès dans la recherche sur l'hépatite B et C grâce aux expériences sur les chimpanzés," a dit John VandeBerg, directeur du Centre national de recherche sur les primates du sud-ouest (Texas) cité cette semaine par le Washington Post. Il est celui qui a demandé le transfert des chimpanzés d'Alamogordo.

Il reste un millier de chimpanzés de laboratoire aux Etats-Unis dont 500 appartiennent aux NIH. Leur nombre diminue car leur reproduction en captivité est désormais interdite et leur importation est illégale.