"Tara-Océans": de la science dans les voiles

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Dans la pure tradition des expéditions naturalistes des 18e et 19e siècles, la goélette océanographique Tara qui navigue actuellement dans les canaux de Patagonie au Chili, a embarqué un équipage composite de marins et scientifiques qui mène à bien la mission "Tara-Océans" d'étude de la biodiversité marine.

Mais Tara n'est pas un navire océanographique comme les autres. Si le savant et le navigateur y exercent leurs talents dans leurs domaines respectifs, l'un et l'autre se retrouvent pour participer aux manoeuvres de navigation ainsi qu'aux nombreuses tâches de manutention scientifique comme les prélèvements de plancton en eau profonde.

Sur Tara, le savant se doit d'être matelot et le marin est un précieux auxiliaire de la science. Cette symbiose est peu courante et sur la plupart des navires d'expéditions scientifiques, l'équipage et les chercheurs restent cantonnés dans leur pré carré.

A 64 ans, Christian Sardet, originaire de Melle (Deux-Sèvres), docteur en biochimie et spécialiste de l'imagerie des micro-organismes marins, est un mélange de Tryphon Tournesol, du professeur Nimbus et de Géo Trouvetout.

Il a consacré sa vie professionnelle à l'infiniment petit.

"Pour ma 12e année, mon grand-père m'a offert un petit microscope. Ma vocation est née ce jour là... J'ai commencé à observer le plancton des mares... Je n'ai plus arrêté", se souvient-il.

A 21 ans, jeune ingénieur biochimiste, il part dans un labo à Philadelphie, puis à Berkeley en Californie. C'est la fin des années 60, les années de poudre, le Vietnam, les manifs, Jimi Hendrix et le Grateful Dead.

Le jeune Français frôle l'expulsion des USA pour militantisme anti-guerre, mais passe avec brio sa thèse de doctorat portant sur "l'échange de cholestérol entre les globules rouges et les lipoprotéines du plasma"...

Sur Tara, il est comme un zooplancton dans l'eau. Ainsi qu'un enfant, il s'émerveille en découvrant sur les écrans du petit labo installé en cabine l'image de la mini-créature de quelques microns (1 micron= 1 millième de millimètre) qu'il vient de capturer dans les profondeurs des canaux de la Terre de Feu.

"Comment aurais-je pu étudier in situ le plancton de Patagonie sans cette expédition dans les traces de Darwin ?" souligne-t-il.

Avec son épaisse crinière bouclée, sa barbe et son regard bleu, Baptiste Régnier est sorti de la forêt de Brocéliande, plus précisément de Montfort-sur-Meu, à l'ouest de Rennes, il y a 28 ans.

A bord de Tara, lorsqu'il n'est pas juché sur la bôme pour envoyer la grand voile ou perché dans le nid de pie à 20 mètres de hauteur, il "matelote" sur le pont, répare un winch, met la dernière main à une épissure d'écoute, ou s'enfonce dans les entrailles de la goélette pour soigner un bobo de l'un des deux moteurs.

"Sur la mer, il est tour à tour mon second, mon bosco, mon mécanicien, totalement polyvalent. A terre, il est mon fidèle compagnon de chantier quand il faut préparer Tara pour une nouvelle expédition", dit de lui le capitaine du voilier, Hervé Bourmaud.

Baptiste est avare de mots, toujours à son ouvrage. Il a commencé menuisier, puis s'est formé aux Sables d'Olonne à la préparation et construction des bateaux de course.

"A force de les voir partir en restant sur le quai, j'ai eu envie moi aussi de prendre le large", dit-il.

C'est aux Glénans qu'il apprend à naviguer, puis au lycée maritime de Cherbourg où il devient capitaine 200, l'un des premiers brevets de commandement de la marine marchande.

L'aventure de Tara sur la banquise arctique en 2006-2008 le passionna. Quand la goélette revint à Lorient, il quêta un embarquement pour la nouvelle aventure "Tara-Océans" autour du monde.

Il fut évidemment enrôlé, sa place l'attendait....