Geoffrey Marcy: «On va tenter de détecter des signaux d'une éventuelle civilisation avancée»

INTERVIEW Cet astronome de la mission Kepler revient sur la découverte de 1.200 exoplanètes, dont une cinquantaine situées dans une zone habitable...

Propos recueillis par Philippe Berry

— 

Le nuage du Pelican, dans la constellation du Cygne
Le nuage du Pelican, dans la constellation du Cygne — Nasa

De notre correspondant à Los Angeles

A la recherche de monde habitables, et peut-être habités. Mercredi, la Nasa a dévoilé les derniers résultats de la mission Kepler: plus de 1.200 potentielles nouvelles exoplanètes ont été dénichées par la sonde. Geoffrey Marcy, professeur d'astronomie à l'université de Berkeley, membre de l'équipe Kepler et chasseur de planètes, décrypte pour 20minutes.fr ces trouvailles.

Planètes «candidates» ou «confirmées», quelle est la différence?

Il faut comprendre comment Kepler fonctionne. L'observation est indirecte: Kepler se trouve dans l'espace, ses instruments braqués sur un champ d'étoiles situées entre 500 et 3.000 années-lumière de la Terre (pour un ordre de grandeur, l'étoile la plus proche du Soleil, Proxima du Centaure, se trouve à 4,2 AL; notre galaxie, la Voie lactée, a un diamètre de 100.000 AL; Andromède, une galaxie voisine, est située à plus de 2 millions AL, ndr). On n'observe pas directement la planète mais le minuscule affaiblissement lumineux de son étoile quand elle passe devant –ce qu'on appelle le transit. Cette variation peut parfois être provoquée par autre chose qu'une planète, comme dans le cas d'un paire d'étoiles binaires. Il va falloir utiliser d'autres instruments pour confirmer nos trouvailles. Statistiquement, entre 90 et 95% des planètes candidates seront confirmées. On ne sait juste pas encore lesquelles.

Pourquoi Kepler regarde si loin, et pas, par exemple, vers Proxima du Centaure?

Pour détecter le transit d'une planète devant son étoile avec Kepler, il faut un alignement particulier dans le plan de l'écliptique, qui n'existe que pour 1% des planètes observées. On doit donc observer un maximum d'étoiles, plus de 100.000, en continu. La plupart se trouvent très loin.

1.200 planètes, c'est beaucoup?

Oui, si on réalise que depuis la découverte de la première exoplanète, en 1995, à l'observatoire de Haute-Provence, on en avait détecté 500. Le nombre total va donc sans doute tripler. Mais c'est surtout la nature de ces nouvelles planètes qui fascine: une immense majorité d'entre elles sont plus petites que Neptune. Plus de 350 sont des «super Terre» (rayon inférieur à deux fois celui de la Terre), et certaines se situent juste à la bonne distance de leur étoile, dans une zone habitable où l'eau peut se trouver à l'état liquide, entre 0 et 100°C.

Ces 5 planètes d'une taille proche de celle de la Terre situées dans une zone habitable, que sait-on sur elles?

Pas grand chose. On ne connaît pas leur composition, on ne sait même pas si elles sont rocheuses. Elles pourraient très bien avoir beaucoup d'eau ou de gaz et aucun continent. On va désormais pointer d'autres instruments vers ces candidates. Le plus excitant, c'est que l'on va utiliser des radiotélescopes pour tenter de détecter des transmissions provenant d'une civilisation technologiquement avancée. Cela signifierait qu'il existe une autre forme de vie intelligente dans l'Univers. La probabilité de tomber sur le gros lot à notre premier essai est plutôt faible, mais cela vaut la peine d'essayer.

Et si nous en détections?

Ce serait des ondes émises il y a plus de 500 ans (car les planètes se trouvent à plus de 500 années-lumière, ndr). Une communication serait compliquée: pour envoyer un signal et attendre une réponse, il faudrait au moins 1.000 ans. On n'ira donc pas vraiment leur emprunter une tasse de sucre.

Quel est le but ultime?

Trouver une planète habitable située bien plus proche de nous, pour, un jour, dans très longtemps, peut-être la coloniser.

Pourquoi chercher une 2e maison quand on a déjà du mal à renvoyer un homme sur la Lune ou Mars?

Les hommes sont la plus grande menace à la survie de l'humanité. A la vitesse à laquelle nous détruisons l'environnement, ou face à la menace d'armes destructrices, avoir un plan B ne serait pas une mauvaise idée.

Proxima ou Alpha du Centaure pourrait-elle abriter des candidates idéales?

C'est possible, mais on n'en sait rien pour l'instant. Malgré tout, les distances restent gigantesques. Rien que pour la propulsion, envoyer une mission humaine demanderait plus d'énergie que la planète entière en consomme en un an. Un scénario de colonisation à la Star Trek ou Star Wars n'est pas réaliste pour ce siècle. En revanche, envoyer une petite sonde prendre des photos pourrait être réalisé avant la fin du 21e siècle. Si l'on parvient à l'accélérer à 10% de la vitesse de la lumière, son voyage durera une cinquantaine d'années.

De quels moyens technologiques dispose-t-on?

L'un des projets prometteurs est celui de voile solaire. L'idée est d'avoir une surface gigantesque, jusqu'à un km de côté. On moissonnerait l'énergie du Soleil, en quelque sorte, chaque photons frappant la voile, lui donnant de l'élan et lui permettant d'accélérer. Ce n'est pas encore totalement au point pour un voyage si long, mais on y travaille. Plus généralement, il faut que les Etats-Unis, l'Europe, la Chine et le Japon travaillent main dans la main pour partager les coûts.

Pourquoi dépenser autant d'argent pour l'exploration spatiale.

Ah, l'éternel débat. D'abord, l'homme est un explorateur né. Pourquoi les premiers hominidés ont-il grimpé aux arbres pour voir plus loin, franchi la première rivière puis colonisé la planète entière? C'est pareil avec la conquête spatiale, qui a par ailleurs amené des avancées scientifiques dont nous bénéficions ici. Et il y a dans l'espace et dans les sciences une beauté qui nous procure la même joie que lorsqu'on écoute une sonate de Debussy, une symphonie de Beethoven ou on admire une peinture au Louvre. C'est essentiel.

La voie lactée comme vous ne l'avez jamais vue

Il n'y a pas forcément besoin d'aller dans l'espace pour admirer la Voie lactée. Ci-dessous, un petit bout de rêve, filmé par Henry Jun Wah Lee, un maître du «timelapse», dans le désert de Joshua Tree Park, en Californie.