Axel Kahn, un scientifique qui aime la philosophie et veut marcher

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Scientifique de haute volée, Axel Kahn qui publie cette semaine "Une histoire de la médecine", se dit aujourd'hui plus intéressé par "la quête philosophique" que par la science, et estime que le monde "tel qu'il se construit n'est plus le (sien)".

Né le 5 septembre 1944, docteur en médecine et docteur ès sciences, celui qui est depuis décembre 2007 président de l'université Paris-Descartes a été directeur de recherche à l’Inserm, puis directeur de l’Institut Cochin. Son père était philosophe -il a fait tomber ses enfants dans la philosophie "comme Astérix dans le chaudron de potion magique", dit-il-, son frère est le journaliste Jean-François Kahn.

Membre de conseils en tous genres, titulaire de nombreux prix et distinctions, le généticien publie "Une histoire de la médecine ou le souffle d'Hippocrate", avec d'autres médecins et un historien d'art. Ils y racontent l'évolution de la pensée médicale, ses tâtonnements et ses ambitions d'aujourd'hui.

"J'ai fait beaucoup de livres de science, mais aujourd'hui la quête philosophique m'intéresse plus", lance-t-il lors d'un entretien à l'AFP.

"C'est un phénomène banal, dit-il, chez de nombreux rationalistes scientifiques, qui se sont restreints à ne poser toute leur vie que des questions auxquelles ils ne pouvaient répondre que scientifiquement". "On est frustré à la longue de se refuser de poursuivre un questionnement métaphysique".

Il dit aussi que le monde "tel qu'il se construit n'est plus le (sien)". "Les valeurs que j'essaie de promouvoir, le goût du dialogue argumenté, rationnel, s'enrichissant du dissensus avec l'autre, c'est toute ma pensée, toute ma conviction, c'est pas du tout le monde dans lequel nous vivons".

"Je ne l'aime pas", dit-il. "Mais je n'ai pas totalement perdu l'espoir de contribuer à le façonner. Je suis mobilisé".

Ce à quoi il attache du prix, c'est "ma réflexion et mon effort à fonder une morale moderne et laïque, une morale sans transcendance", "à vocation universelle", souligne-t-il encore. "Le point fondamental, c'est la reconnaissance de la valeur de l'autre (...) : l'autre, même quand on n'est pas d'accord avec lui, est justifié de se réclamer des mêmes droits, des mêmes valeurs dont on se réclame soi-même".

A quoi rêve-t-il maintenant ? Dès la fin de son mandat de président d'université, en décembre prochain, il veut réaliser un projet : il partira pour cinq mois, marcher des Ardennes au Pays Basque.

"J'ai beaucoup marché et je suis encore sportif", dit Axel Kahn. "Je rencontrerai des gens".

Le marcheur ne gomme pas le scientifique. "Je traverserai la France en faisant des conférences, au moins une par semaine, je tiendrai sans doute une chronique hebdomadaire, peut-être quotidienne, dans un grand journal national du soir, et j'écrirai un livre a la fin qui s'appellera +Pensées en chemin+".

Pourquoi ce voyage ? "Je veux faire cette triple quête : celle de mon pays, que j'aime, celle des habitants de ce territoire dans leur environnement, et puis la quête de moi-même, ce faisant".

"Qu'est ce qui pourrait me rendre plus heureux ?", demande-t-il.

Certes, en 2012, il imagine qu'on puisse peut-être lui proposer un poste ministériel, "avec la gauche évidemment". "Avoir la sanction d'un grand scientifique qui est un moraliste en plus, ça peut ne pas faire de mal". Il éclate de rire. Mais en voudrait-il vraiment ?

"Tous les postes importants que j'ai occupés, on me les a proposés. Là, avec mon projet, je reprends vraiment la maîtrise de mon destin".