L'émigration de l'homme moderne d'Afrique daterait d'au moins 100.000 ans

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L’homme moderne a émigré d'Afrique pour conquérir le monde il y a au moins cent mille ans selon des outils de pierre découverts dans la Péninsule arabique, soit bien avant qu'on ne le pensait, indiquent des travaux publiés jeudi qui révèlent le rôle joué par le climat.

La présence de l'homme moderne dans la Péninsule arabique pourrait même remonter à 125.000 ans, estime cette équipe internationale de recherche dirigée par Hans-Peter Uerpmann de l'Université Eberhard Karls à Tübingen en Allemagne.

Cette dernière découverte fait l'objet d'une communication dans la revue américaine Science du 28 janvier.

La période à laquelle l'Homo Sapiens a commencé à émigrer du continent africain, où il est apparu il y a environ 200.000 ans, et la chronologie de sa dispersion autour de la Méditerranée et le long des côtes d'Arabie, fait l'objet d'un débat de longue date.

Toutefois, la plupart des vestiges et traces découverts jusqu'alors dataient cette migration à environ 60.000 ans.

Les chercheurs, dont le principal auteur est Simon Armitage de Royal Holloway à l'Université de Londres, ont découvert cet ensemble d'outils sur le site archéologique du djebel Faya aux Emirats arabes unis. Il s'agit notamment de silex bifaces, taillés sur les deux faces pour couper, creuser et racler, de haches sans manche et de grattoirs.

Ils ont commencé l'excavation en 2003, mettant au jour d'abord des artefacts datant de l'âge du fer, du bronze et du Néolithique, avant de trouver ces outils qui remontent au Paléolithique moyen, période s'étendant de 300.000 à 30.000 ans.

Ces archéologues ont recouru à une technique de luminescence par stimulation optique qui permet de mesurer depuis quand des matériaux n'ont pas été exposés à la lumière.

Ils ont ainsi déterminé que ces outils de pierre devaient remonter à une période allant de 100.000 à 125.000 ans.

Selon eux, ces outils montrent que les techniques utilisées pour les fabriquer ressemblent à celles auxquelles recouraient les premiers hommes modernes d'Afrique de l'Est, berceau de l'humanité.

Ces chercheurs ont aussi déterminé que cette migration s'est faite à la faveur d'un changement climatique.

"Le site de djebel Faya ouvre une fenêtre fascinante vers le passé, révélant les migrations de l'homme moderne hors d'Afrique beaucoup plus tôt qu'on ne le pensait. Ces migrations ont été favorisées par des fluctuations du niveau de la mer et des changements climatiques dans la Péninsule arabique", résume Simon Armitage.

L'apparition de l'homme moderne en Afrique il y a 200.000 ans et ce jusqu'à 130.000 ans correspond à une période glaciaire durant laquelle le niveau des océans dans les deux hémisphères a fortement diminué.

Durant la transition entre la glaciation et le réchauffement, le niveau de la Mer Rouge est resté jusqu'à cent mètres inférieur à ce qu'il est aujourd'hui rendant le détroit de Bab-al-Mandab entre l’Arabie et la corne de l’Afrique suffisamment étroit pour rendre possible une traversée, ont déterminé ces chercheurs.

L'homme moderne serait ainsi sorti d'Afrique pour accéder directement à l’Arabie puis au Croissant fertile avant d'aller en Inde et en Australie, selon eux.

De plus, la Péninsule arabique était bien plus humide et verdoyante à cette époque qu’aujourd’hui grâce à la mousson de l'océan Indien qui s'étendait alors plus au nord.

Mais tous les archéologues ne sont pas convaincus par les conclusions de ces chercheurs.

Paul Mellars, de l'Université de Cambridge (Grande-Bretagne), ne pense pas que les outils de djebel Faya correspondent aux techniques d'Afrique de l'Est et soulignent que les auteurs de la découverte n'ont pas totalement exclu qu'ils auraient pu être fabriqués par des hommes de Neandertal voire des Homo erectus, d'anciens cousins de l'homme moderne.