La science confond deux hommes accusés d'avoir transmis sciemment le VIH

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Des chercheurs américains ont pu établir que deux hommes accusés d'avoir transmis sciemment le virus du sida à des partenaires sexuelles étaient bien à l'origine de ces infections, confortant la fiabilité d'une technique d'analyse génétique complexe en justice criminelle.
Des chercheurs américains ont pu établir que deux hommes accusés d'avoir transmis sciemment le virus du sida à des partenaires sexuelles étaient bien à l'origine de ces infections, confortant la fiabilité d'une technique d'analyse génétique complexe en justice criminelle. — Hamburg Graphico Studio AFP/DPA/Archives

Des chercheurs américains ont pu établir que deux hommes accusés d'avoir transmis sciemment le virus du sida à des partenaires sexuelles étaient bien à l'origine de ces infections, confortant la fiabilité d'une technique d'analyse génétique complexe en justice criminelle.

Dans ces affaires --l'une opposant l'Etat de Washington à Anthony Eugene Whitfield en 2004, l'autre l'Etat du Texas à Philippe Padieu en 2009--, les deux hommes ont ainsi été reconnus coupables d'avoir transmis volontairement le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) à plusieurs femmes dans le cadre de rapports non protégés.

L'étude des chercheurs américains, parue lundi, montre qu'il est possible d'identifier scientifiquement la source d'un groupe d'infections en analysant l'évolution d'un seul rétrovirus chez le porteur ainsi qu'entre plusieurs individus.

La méthode utilisée, dite d'analyse phylogénétique, consiste à déterminer les différences entre les gènes du VIH afin de calculer l'écart génétique entre les souches. Ceci permet de remonter aux origines des virus responsables des infections, et ce malgré le fait que le VIH mute très rapidement.

Le VIH connaît en effet de nombreuses mutations chez une même personne en quelques mois faisant que les souches seront très différentes.

"Chez un individu séropositif donné, il n'y a pas qu'une seule souche mais une population de souches virales car le VIH mute tout le temps en fabriquant de nouvelles particules virales", explique le Dr Michael Metzker, professeur adjoint à la faculté de médecine Baylor au Texas (sud), un des co-auteurs de ces travaux parus dans les Annales de l'Académie nationale américaine des sciences (PNAS), datées du 14 au 19 novembre.

"Mais, au moment de la transmission il y a comme un goulot d'étranglement génétique faisant que seuls un ou deux rétrovirus sont transmis", relève-t-il, précisant que dans 75% des infections, un seul virus est souvent à l'origine.

Pour comprendre l'origine de l'infection des victimes, les chercheurs ont reconstitué l'histoire de l'évolution des rétrovirus en isolant et en séquençant les gènes de ces VIH à partir d'échantillons de sang prélevés chez les accusés, les victimes et d'autres individus séropositifs.

Ils ont ainsi pu déterminer que les deux accusés étaient bien les porteurs uniques des VIH à la source des infections.

Ces analyses génétiques ont été faites totalement en aveugle, à savoir "que nous n'avions aucune information sur ces deux cas jusqu'à l'ouverture des procès", explique le Dr Metzker à l'AFP.

Ces travaux montrent pour "la première fois que nous avons pu établir l'origine de la transmission", relève le chercheur, notant toutefois que la phylogénétique a déjà été utilisée précédemment aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde dans le cadre de procès pour transmission criminelle du sida.

Le premier cas aux Etats-Unis --sur un total de trois-- remonte à 1998, rappelle le Dr Metzker. Il s'agissait du procès d'un médecin de Louisiane accusé d'avoir prélevé du sang sur deux de ses malades, dont un était séropositif et l'autre avait une hépatite C.

Le médecin, reconnu coupable, avait ensuite injecté un mélange de ces échantillons infectés à son ancienne petite amie devenue séropositive.

Mais, "comme nous connaissions par avance les protagonistes, notre analyse phylogénétique n'était pas totalement objective", juge le chercheur, notant aussi que cette méthode de comparaison génétique n'est pas aussi simple que de comparer des ADN pour confirmer une paternité.