Afrique du Sud: Le nucléaire au service de la médecine

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L'Afrique du Sud, ancienne puissance militaire nucléaire sous l'apartheid, a mis au point une nouvelle technologie qui permet d'utiliser de l'uranium faiblement enrichi à des fins médicales, contribuant ainsi à contrôler la prolifération.
L'Afrique du Sud, ancienne puissance militaire nucléaire sous l'apartheid, a mis au point une nouvelle technologie qui permet d'utiliser de l'uranium faiblement enrichi à des fins médicales, contribuant ainsi à contrôler la prolifération. — Gian Luigi Guercia AFP/Archives

L'Afrique du Sud, ancienne puissance militaire nucléaire sous l'apartheid, a mis au point une nouvelle technologie qui permet d'utiliser de l'uranium faiblement enrichi à des fins médicales, contribuant ainsi à contrôler la prolifération.

Après avoir volontairement démantelé son programme nucléaire à la fin du régime ségrégationniste blanc en 1994, l'Afrique du Sud est devenue un des principaux producteurs d'isotope médical issu de l’irradiation d’uranium enrichi.

Cette substance radioactive, nommée molybdène 99, est utilisée dans 80% des 50 millions de procédures de diagnostic pratiquées chaque année dans le monde, notamment pour déceler maladies cardiaques et cancers.

Substance utilisée pour la fabrication de bombes

Les isotopes sont injectés dans les organes du patient, émettant une énergie qui permet de projeter une image intérieure capturée par des caméras spéciales.

Des réacteurs nucléaires en Belgique, au Canada, en France, aux Pays-Bas et en Afrique du Sud produisent la majorité du molybdène, à partir d'uranium hautement enrichi qui peut également être utilisé pour la fabrication de bombes nucléaires.
Mais la première puissance économique du continent noir vient de mettre au point une nouvelle technologie: elle parvient désormais à produire du molybdène 99 à partir d'uranium faiblement enrichi, une innovation qui intéresse au plus haut point les Etats-Unis.

«Une technologie que les USA veulent à tout prix»

Cette technologie «devrait avoir un très grand impact», prédit Mike Sathekge, responsable du département de médecine nucléaire à l'Université de Pretoria. Les importations d'uranium fortement enrichi ne pouvant plus être justifiées à des fins médicales, elle pourrait en effet contribuer à freiner la prolifération des armes nucléaires dans le monde.

En juillet, la Société d'énergie nucléaire sud-africaine (Necsa) a effectué sa première livraison de molybdène dérivé d'uranium faiblement enrichi à un distributeur aux Etats-Unis, pays qui consomme pour la médecine nucléaire la moitié du molybdène 99 mondial. Soit un marché de plusieurs milliards de dollars.

«Je suis fier de pouvoir dire que nous, pays africain, avons développé une technologie que les Etats-Unis veulent à tout prix», se réjouit le président de la Necsa, Rob Adams. Le succès est d'autant plus appréciable pour les chercheurs sud-africains que le pays a dû renoncer il y a quelques mois à développer une technologie prometteuse de nucléaire civil.

Les USA réfléchissent à la façon de contrôler ce commerce

Washington a financé le programme de développement de l'isotope médical à hauteur de 25 millions de dollars, répartis entre la Necsa et son partenaire public australien. «Nous attendons maintenant la mise en place de tarifs douaniers dissuasifs envers le molybdène dérivé d'uranium hautement enrichi», souligne Rob Adams.

Les Etats-Unis réfléchissent à la façon de contrôler ce commerce, confirme la porte-parole de l'agence nationale américaine de sécurité nucléaire (NNSA), Jennifer Wagner. La NNSA «travaille avec les agences concernées pour évaluer toutes les options possibles afin d'assurer des mesures incitatives» pour la nouvelle technologie, a-t-elle indiqué.