Un crâne animal peut-être témoin de la plus ancienne expérimentation chirurgicale

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Le crâne troué d'un bovidé, découvert il y a une trentaine d'années sur un site néolithique du Marais Poitevin datant d'un peu plus de 5.000 ans, pourrait correspondre à la plus ancienne expérimentation chirurgicale connue à ce jour, selon une étude.
Le crâne troué d'un bovidé, découvert il y a une trentaine d'années sur un site néolithique du Marais Poitevin datant d'un peu plus de 5.000 ans, pourrait correspondre à la plus ancienne expérimentation chirurgicale connue à ce jour, selon une étude. — Cyril Folliot AFP/Archives

Le crâne troué d'un bovidé, découvert il y a une trentaine d'années sur un site néolithique du Marais Poitevin datant d'un peu plus de 5.000 ans, pourrait correspondre à la plus ancienne expérimentation chirurgicale connue à ce jour, selon une étude.

L'étude du crâne a été conduite par le Dr Alain Froment, directeur scientifique des collections d'anthropologie du Musée de l'Homme, et Fernando Ramirez-Rozzi du CNRS.

Selon l'étude, la perforation subie par le crâne de l'animal n'est pas due à une blessure occasionnée par la corne d'un congénère, comme on l'avait initialement pensé, mais à une trépanation, qui pourrait être la plus ancienne expérimentation chirurgicale connue à ce jour, selon un communiqué du Musée de l'Homme.

Le crâne a été découvert il y a une trentaine d'années sur un site d'habitat du Marais Poitevin (enceinte fortifiée du néolithique récent de Champ-Durand à Nieul-sur-l'Autize), daté d'un peu plus de 5.000 ans, par l'archéologue Roger Joussaume (CNRS).

La lésion, un trou d'environ 50 mm sur 65 mm, entouré de stries faites au silex, sans aucune trace de cicatrisation sur ses marges, a attiré l'attention du Dr Froment, qui y a vu des similitudes avec les trépanations observées sur des crânes humains préhistoriques.

Le crâne a été passé au scanner et des clichés des stries ont été faites en microscopie électronique à balayage. Ces stries ont été comparées à celles pratiquées par les chirurgiens préhistoriques sur des crânes de la même époque que le site de Vendée. Les deux chercheurs ont conclu à une similitude entre les gestes effectués sur le bovidé et ceux observés chez l'homme.

Le bovin, sans qu'on puisse l'affirmer avec certitude, pourrait être ainsi le plus ancien témoignage d'une opération destinée à tester sur l'animal une chirurgie risquée, avant de passer à l'homme.

Les pratiques chirurgicales sont attestées à partir du Mésolithique, il y a environ dix mille ans, avec des amputations et des trépanations parfois cicatrisées, malgré un risque hémorragique et infectieux considérable.

Autrefois, on effectuait des trépanations pour soigner une fractures du crâne ou pour en faire sortir un mauvais esprit. Cette dernière pratique a persisté dans plusieurs sociétés traditionnelles, comme avait pu l'observer dans les Aurès l'ethnologue du Musée de l'Homme Germaine Tillon décédée en 2008.

Hippocrate, 400 ans avant notre ère, a décrit la technique de trépanation.