La recherche fait l'expérience de la triche

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L'année 2006 sera-t-elle l'annus horribilis de la recherche biomédicale ? C'est la question qu'on peut se poser à la suite de la révélation d'une troisième affaire de manipulation de résultats expérimentaux

Le 27 janvier dernier, l'université de Tokyo a reconnu que plusieurs expériences du biochimiste japonais Kazunari Taira, publiées notamment dans la prestigieuse revue scientifique Nature, n'étaient pas reproductibles

Interpellée par des chercheurs qui ne parvenaient pas à obtenir les résultats annoncés par Taira, l'université avait invité le professeur à communiquer ses données expérimentales brutes ou à reconduire quatre des douze expériences qu'il avait publiées entre 2003 et 2005

Kazunari Taira, qui affirme que son collaborateur Hiroaki Kawasaki a égaré le portable contenant les données expérimentales, n'a pas été capable de refaire une seule de ses expériences

Tout en niant avoir trafiqué ses résultats, il s'est d'ores et déjà rétracté pour son premier article publié dans Nature, et a proposé un correctif pour un deuxième

Cependant, à la différence du vétérinaire coréen Woo Suk Hwang ou du médecin norvégien Jon Sudbo, pour qui la falsification volontaire de leurs données publiées a été établie, le chercheur nippon n'est pas directement accusé de tricherie

Sa réputation scientifique est bien sûr entachée, mais, faute de moyens, il y a peu de chance qu'il fasse l'objet d'une enquête approfondie pour fraude scientifique dans son pays

Même si les recherches de Taira sur l'acide ribonucléique n'ont pas eu le retentissement des prétendues avancées de Woo Suk Wang sur le clonage de cellules souches, l'affaire aggrave tout de même la crise de confiance qui affecte la recherche en biologie moléculaire

En effet, la confiance dans la reproductibilité des expériences décrites dans la littérature scientifique est l'un des fondements de la recherche

Yaroslav Pigenet