Toulouse : Une start-up crée « une vraie direction assistée de genou »

exosquelette Grâce à son exosquelette, Reev a pour mission d’aider les personnes atteintes de troubles neurologiques de la marche à recouvrer leur mobilité quotidienne

Lucie Tollon
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Une genouillère robotisée et adaptée à chaque patient va être mis sur le marché pour les personnes atteintes de troubles neurologiques de la marche.
Une genouillère robotisée et adaptée à chaque patient va être mis sur le marché pour les personnes atteintes de troubles neurologiques de la marche. — Dreeven
  • La start-up Reev née à Toulouse a pour dessein d’industrialiser une assistance robotisée à la marche pour les personnes atteintes de troubles neurologiques, grâce à une orthèse adaptée aux mouvements du patient connectée à un capteur mobile.
  • Grâce à une levée de fonds de trois millions d’euros, plusieurs partenariats avec l’accélérateur Techstars Future of Longevity, des médecins et cliniques et une étude avec le MIT, le projet est prêt à se lancer.
  • Reev a déjà signé un partenariat avec Thuasne, leader européen de l’orthopédie pour finaliser leur prototype et commercialisera les capteurs aux Etats-Unis dès cet automne.

Quand l’ingénierie, l’intelligence artificielle et la médecine ne font plus qu’un pour retrouver sa mobilité. Tout commence à Toulouse, lorsqu’un jeune étudiant, Amaury Ciurana, se lance sur un projet d’étude à l’Isae-Supaero en 2017 : un exosquelette adapté aux enfants atteints de paralysie cérébrale. « Je souhaitais approfondir ce projet. J’ai compris les problématiques des handicaps moteurs et les solutions sur le marché. Les aides proposées sont insuffisantes alors qu’il y a un potentiel énorme au vu des progrès de la robotique », explique l’ancien étudiant qui en a fait son projet professionnel. Au même moment, il rencontre Robin Temporelli, alors ingénieur en mécanismes spatiaux chez Airbus et docteur en mécatronique de l’université de Sherbrooke. Ensemble, ils créent Reev (REhabilitation EVolution), une technologie automobile adaptée au niveau médical.

Cette medtech toulousaine a pour objectif d’industrialiser une orthèse – une prothèse extérieure – placée au niveau du genou, motorisée, légère et personnalisée d’assistance à la mobilité pour aider les personnes atteintes de troubles de la marche issus d’un AVC, d’une sclérose en plaques ou d’une paralysie cérébrale, à être plus autonomes et indépendantes. « La première difficulté était d’identifier les besoins du patient. Si l’exosquelette est trop lourd, s’il fait du bruit, qu’il est trop volumineux, le patient ne le portera pas », développe l’entrepreneur.

« Un renfort musculaire »

Reev développe alors Reev Sense et Dreeven. Reev Sens est un ensemble de capteurs reliés à une application mobile qui analyse la marche du patient, et permet de réaliser des tests de mobilité usuels pour fournir des bilans personnalisés, précis et objectifs aux professionnels de la rééducation. Dreeven est l’orthèse motorisée qui aide le patient à gagner en liberté dans ses déplacements quotidiens, comme marcher, se relever, s’asseoir ou encore emprunter des escaliers, tout en soulageant d’au moins 30 % l’effort du genou et en réduisant la fatigue musculaire. La synergie entre Dreeven et le patient est assurée par un contrôle précis, réglé sur les données collectées par Reev Sense. « Un renfort musculaire. Une vraie direction assistée de genou », résume Robin Temporelli. Ces types d’orthèse coûtent chez la concurrence 30.000 dollars.

Une levée de fonds de 3 millions d’euros

Après avoir intégré l’accélérateur Techstars Future of Longevity aux Etats-Unis, qui accompagne le développement de solutions innovantes répondant aux besoins des personnes âgées et de leurs soignants, ils lancent des tests pilotes sur le territoire américain. Dans la foulée, Reev s’implante au sein de l’écosystème entrepreneurial de Boston, berceau de la robotique et de la medtech pour lancer une étude de validation avec le MIT.

Si ce projet « n’est pas une croisade personnelle » mais « une entreprise humaniste pour redonner de la liberté et de la dignité aux patients », les deux associés ont boosté Reev en seulement deux années avec pour mission d’aider des millions d’utilisateurs potentiels. Aujourd’hui après une levée de fonds de 3 millions d’euros, un partenariat avec le leader européen de l’orthopédie Thuasne et une collaboration avec des professionnels de santé, ils se lancent. Les capteurs Reev Sense seront commercialisés dès cet automne dans les cabinets de kiné aux Etats-Unis, et en 2024 pour la France. Pour la suite, avec son équipe de vingt-cinq personnes, Reev va développer de nouveaux partenariats avec des hôpitaux et établissements de recherche, finaliser son prototype clinique avec Thuasne et poursuivre ses études sur les patients. Mais surtout, créer des orthèses uniques adaptées à chaque patient.