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MissionPourquoi faut-il sauver le soldat Hubble ?

Espace : Pour les scientifiques du monde entier, il faut sauver le soldat Hubble

MissionPour le plus grand bonheur de la communauté scientifique, la Nasa cherche un partenaire privé pour rehausser l’orbite de l’emblématique télescope Hubble, Sans cette mission sauvetage, il périra vers 2037 en entrant dans l’atmosphère. Explications
Le télescope Hubble, photographié en 2009 par un équipage de la navette Atlantis en mission de maintenance.
Le télescope Hubble, photographié en 2009 par un équipage de la navette Atlantis en mission de maintenance. - NASA - Cover Images / Sipa
Hélène Ménal

Hélène Ménal

L'essentiel

  • Après trente-deux ans de voyage, le célèbre télescope Hubble se rapproche dangereusement d’une rentrée dans l’atmosphère qui signerait sa mort.
  • La Nasa envisage une mission sauvetage pour rehausser son orbite et rallonger sa vie. Elle recherche opérateur privé pour réaliser cet éventuel exploit.
  • 20 Minutes a interrogé deux astrophysiciens toulousains sur toutes les bonnes raisons scientifiques de tenter cette incroyable mission.

Il reste deux ans, en tout et pour tout, pour sauver le soldat Hubble. Trente-deux printemps après son lancement, l’emblématique télescope spatial, qui orbitait, quand il était fringant, à 600 kilomètres de la Terre, ne tourne en rond désormais, selon la Nasa, qu’à « environ 540 km ». A ce rythme, il pourrait rentrer dans l’atmosphère et donc se désintégrer vers 2037. A moins qu’une mission de sauvetage ne vienne accoster en douceur ce célèbre instrument de la taille d’un autobus et parvienne à rehausser son orbite. Ce, avant 2025, et le seuil des 500 km d’altitude en deçà duquel, toujours d’après l’agence spatiale américaine, le « rendez-vous » deviendrait trop délicat.



Et cette spectaculaire opération de « yo-yo » spatial est davantage qu’une hypothèse depuis la veille de Noël. Le 22 décembre, la Nasa a diffusé officiellement un « appel à idées » pour trouver un partenaire privé capable de réaliser cette prouesse technique, pour Hubble d’abord, mais aussi plus généralement pour d’autres satellites « vieillissants » qui auraient besoin qu’on booste leur orbite pour prolonger leur vie scientifique.

Pour la gloire et la postérité

Le nom de SpaceX, la société d’Elon Musk, avec ses navettes Crew Dragon, circulait déjà avant le lancement de l’appel. Et si d’autres candidats veulent se signaler, ils doivent le faire avant le 24 janvier, date limite de dépôt des dossiers. Ils doivent aussi le faire pour la gloire. L’appel stipule en effet que la mission, ses développements technologiques, et les risques d’échec encourus, seraient à la charge de l’éventuel opérateur.


« D’un point de vue de la communication, être l’entreprise qui remet à flot le navire Hubble, que tout le monde connaît, c’est un coup formidable. Surtout quand on a déjà envoyé une Tesla dans l’espace. C’est aussi un moyen de mettre la communauté scientifique de son côté », analyse Olivier Berné, astrophysicien an du CNRS, à l’institut de recherche en astrophysique et planétologie (Irap) de Toulouse.

Parce qu’il est encore précieux, malgré James Webb

Pour les chercheurs en astronomie, il n’y a pas l’ombre d’une hésitation à avoir. Même si l’autre star de la vision interstellaire, le nouveau télescope James Webb, qui voit « plus loin » est désormais opérationnel, il faut aussi prolonger la vie d’Hubble. « C’est une très, très bonne nouvelle, salue Thierry Contini, autre astrophysicien de l’Irap. Parce que les observations de Hubble dans le domaine du visible sont toujours très utilisées et qu’elles sont complémentaires de celles de James Webb capable de voir dans l’infrarouge ou l’ultraviolet ». Le scientifique concède aussi un attachement « sentimental » à Hubble avec lequel il a débuté. « Il continue à apporter des données extrêmement précieuses à un nombre très important de chercheurs, complète Olivier Berné. James Webb est souvent présenté un peu à tort comme le successeur de Hubble. C’est vrai du point de vue historique mais pas scientifique. Parce qu’ils savent faire des choses différentes ».

Par ailleurs, la durée de vie nominale de James Webb, qui voyage dans sur une orbite beaucoup plus éloignée que son aîné, est de cinq ans. Les plus optimistes multiplient cette espérance par quatre, mais lorsqu’il n’aura plus de carburant, il sera bien difficile d’intervenir dessus, comme cela a déjà été fait à plusieurs reprises sur Hubble, en 2009 par exemple, grâce à l’équipage d’une des dernières navettes américaines Atlantis. Hubble n’est pas du règne du « jetable », il fait dans le durable.

Pour les perspectives vertigineuses qu’il a ouvertes

Enfin, s’il fallait une dernière raison de sauver Hubble, ce serait pour service rendu. « C’est vraiment un instrument emblématique. S’il y a une mission spatiale que tout le monde connaît avec les missions Apollo, c’est bien celle-là », explique Olivier Berné. « Avec ses premiers champs profonds en direction des galaxies éloignées, il nous a permis de remonter le temps cosmique et de faire une avancée majeure dans l’astronomie observationnelle », rappelle Thierry Contini. « Grâce à lui, nous savons que l’univers est rempli à toutes les distances et à toutes les époques de milliards et de milliards de galaxies ; qu’il y a beaucoup d’autres mondes parallèles, dans le sens où il y a beaucoup d’autres galaxies qui ressemblent à la nôtre, à l’intérieur desquelles il y a aussi des milliards d’étoiles qui ressemblent à notre Soleil. Ça laisse songeur », s’enthousiasme son confrère.

Autant dire que si la Nasa se lance dans cette incroyable « relevage » de l’orbite d’Hubble, elle aura des supporteurs en blouses blanches dans les laboratoires du monde entier. Ils retiendront leur souffle au cours de cette manœuvre robotisée plus que compliquée. En effet, il faudra, en premier, aborder le télescope spatial en douceur pour ne pas l’abîmer et ensuite lui donner la force de propulsion nécessaire pour lui faire retrouver des cieux plus propices.

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