La Bloom Box va-t-elle révolutionner l'électricité?

DECRYPTAGE La boîte magique a été présentée mercredi. 20minutes.fr fait le point avec des experts...

Philippe Berry

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La Bloom Box, une pile à combustible aux promesses ambitieuses
La Bloom Box, une pile à combustible aux promesses ambitieuses — 60 Minutes
De notre correspondant à Los Angeles
 
Sur le papier, la Bloom Box a de quoi faire rêver: un cube de 10 cm capable de produire assez d'électricité pour les besoins d'une maison, à partir d'oxygène et d'un combustible (gaz naturel, biogaz). Le tout, à un coût compétitif face au vieux réseau électrique. Google, eBay, Coca Cola ou encore Fedex utilise la technologie depuis plus d'un an et ne tarissent pas d'éloges. Mercredi, Bloom Energy, une start-up californienne restée dans l'ombre pendant huit ans, a présenté son bébé au public en présence de beau monde: le secrétaire d'Etat Colin Powell, le gouverneur Arnold Schwarzenegger, le cofondateur de Google Sergey Brin et le PDG d'eBay John Donahoe. Aurons-nous tous un cube dans notre garage d'ici 10 ans? Probablement pas, selon les experts interrogés par 20minutes.fr. Mais la technologie a indéniablement du potentiel.


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La Bloom Box est-elle différente des piles à combustible classiques?
Oui et non. «Le principe est le même», explique Jack Brouwer, directeur-adjoint du National Fuel Cell Research Center de l'université d'Irvine, en Californie. La pile à combustible, mise au point en 1839, génère de l'électricité via une réaction chimique entre l'hydrogène (provenant par exemple d'un hydrocarbure) et l'oxygène. Le problème jusqu'à présent, pour cette technologie notamment employée dans des satellites, est son coût rendu élevé par des matériaux tels que le platine, utilisé comme catalyseur pour accélérer le réaction. La Bloom Box est, elle, «une pile à combustible à oxydes solides» qui génère de l'électricité via le mouvement des ions d'oxygène, précise Jack Brouwer. Avantage, selon le scientifique: «un coût de fabrication bien plus faible et une robustesse plus importante». «De nombreux acteurs sont sur ce créneau mais Bloom Energy semble le plus avancé dans l'intégration industrielle», selon lui.
 
A combien ça revient vraiment?
Le prix d'un «serveur» de 100 Kilowatts –de quoi alimenter 100 maisons européennes– coûte de 700.000 à 800.000 dollars, selon le PDG de Bloom Energy K.R. Sridhar. Il espère abaisser le coût à 3.000 dollars par maison dans les années à venir. Mais la grande nouvelle de mercredi, c'est le chiffre au kilowatt/heure annoncé: de 8 à 10 cents (de dollars), contre 11 cents en moyenne pour l'électricité provenant des centrales à charbon. «C'est une surprise», réagit pour 20minutes.fr Michael Kanellos, rédacteur en chef de GreenTechMedia, plutôt sceptique jusqu'ici. «Ce coût inclut le gaz naturel et la maintenance. Certes, il peut fluctuer avec le prix des matières premières et il tient compte des aides fiscales californiennes, mais réussir à être compétitif avec le charbon, le solaire et le vent, c'est fort». John Kluza, analyste chez Lux Research, est plus mesuré. «Sans les aides, on est plutôt à 14 cents, et encore en se basant sur un prix du gaz naturel bon marché. La population privilégiera d'abord le coût.»
 
Faire de l'électricité avec du gaz naturel, est-ce vraiment plus vert qu'avec du charbon ou du nucléaire?
Globalement, oui. Au rendement actuel, Bloom Box «produit avec la même quantité de carbone environ deux fois plus d'électricité» qu'une centrale thermique classique, selon Michael Kanellos. Même les centrales les plus modernes, très rares, «émettent 20% de CO2 en plus et de 50 à 80% de composés polluants supplémentaires», précise Jack Brouwer. Quant au nucléaire (beaucoup plus populaire en France, où il représente plus de deux tiers de l'électricité contre 20% aux Etats-Unis), «il n'est pas sans émission, notamment lors de la construction des centrales, les projets sont gigantesques et coûtent toujours plusieurs milliards que prévu, sans parler du problème des déchets», rappelle Michael Kanellos.
 
eBay dit utiliser des Bloom Box alimentée à 100% par du biogaz provenant de déchets, pour un bilan carbone totalement neutre. Est-ce l'avenir?
Partiellement. Le biogaz est limité en quantité et à certaines zones géographiques situées proches de déchetteries ou d'usines de retraitement des boues d'épuration. «Même si l'on maximise notre capacité, cela ne représentera pas plus de 20% de nos besoins», chiffre Jack Brouwer. «Mais 20% de nos besoins sans émission supplémentaire de CO2, c'est très loin d'être négligeable.».
Et l'énergie solaire utilisée pour une pile à combustible, ça marche comment?
Ce n'est pas pour tout de suite. Bloom Energy place l'horizon à 10 ans. L'idée: au lieu de stocker l'électricité solaire dans des batteries, on peut l'utiliser pour inverser la réaction de la pile à combustion (et ainsi obtenir de l'hydrogène et de l'oxygène à partir d'eau et d'électricité). Ensuite, rebelote dans l'autre sens. «Pour l'instant, les pertes sont trop importantes, mais c'est une piste», d'après Jack Brouwer.
 
A quoi ressemblera le futur à un horizon de 10 ans?
A un panachage de technologies. Une solution décentralisée comme Bloom Box, si elle tient ses promesses, a son intérêt, selon les chercheurs. Plutôt avec un serveur par voisinage qu'une boîte par maison, pour l'entretien et permettre de mieux «moyenner» les besoins. Le réseau électrique ne disparaitra pas du jour au lendemain, mais des entreprises comme EDF ou General Electrics pourraient songer à acheter du courant à des «serveurs» Bloom Box (ou d'autres), comme elles le font déjà auprès des centrales. Du côté des voitures, Michael Kanellos voit bien une solution mixte: «des batteries pour les petits trajets et une pile à combustion pour les plus longs». Malheureusement, la voiture Retour vers le futur, qui utilise directement des déchets, ne semble pas réalisable pour l'instant.