Fonte des glaces: Al Gore exagère-t-il les chiffres des scientifiques?

CRISE CLIMATIQUE L'ancien vice-président se trouve au coeur d'une polémique après son discours à Copenhague, lundi...

Philippe Berry

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La fonte saisonnière de la banquise arctique au cours de l'été, entre le 1er juillet 2009 et le 7 septembre 2009
La fonte saisonnière de la banquise arctique au cours de l'été, entre le 1er juillet 2009 et le 7 septembre 2009 — REUTERS/NASA
De notre correspondant à Los Angeles
 
Les jeux de mots sont faciles. Al Gore et les chiffres, «une vérité qui dérange» pour Le Times, «Al Gore dérape sur la glace arctique», selon la radio publique américaine NPR. Qu'a donc dit l'ancien Nobel de la paix lors de son discours à Copenhague lundi, pour que tous les sceptiques sur l'existence (ou l'origine) du réchauffement climatique se frottent les mains?

D'après Le Times, Al Gore a affirmé que «selon des études, le pôle Nord pourrait avoir perdu toute sa glace d'ici à 2015». De quoi faire se lever le sourcil de nombreux scientifiques, dont Wieslav Maslowski, l'auteur de l'étude, en personne, qui estime qu'Al Gore a «extrapolé». Problème, ce n'est pas exactement ce qu'a dit l'ancien vice-président.

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Voilà la citation exacte, que le quotidien conservateur britannique ne donne que plus bas: «Certains modèles suggèrent au Dr Maslowski qu'il y a 75% de chance que la totalité de la banquise du pôle nord (ou calotte glacière, selon la manière de traduire, ndr), pendant les mois d'été, soit complètement vierge de glace d'ici cinq à sept ans».

En été

«Pendant les mois d'été.» Quatre petits mots qui font toute la différence, explique à 20minutes.fr Paul Mayewski, directeur du Climate Change Institute de l'université du Maine. Selon lui, Al Gore «parle ici de la banquise de l'océan arctique, épaisse de seulement quelques mètres, qui court en effet le risque de fondre totalement pendant l'été dans les prochaines années, et non pas dans quelques dizaines, comme on le pensait avant 2007».
 
De nombreuses études, dont une de la Nasa, montre en effet une fonte record de la glace de l'océan arctique. Et de nombreux scientifiques, dont celui cité par Al Gore, estiment qu'un océan arctique complètement navigable en été est une sérieuse possibilité. Mais personne ne parle d'un scénario sorti d'un film catastrophe hollywoodien d'une fonte totale de la glace polaire. «Celle sous le Groenland, attachée à la place continentale, fait plusieurs kilomètres d'épaisseur», précise Paul Mayewski.
 
Cycles naturels vs influence de l'homme
 
Mais le glaciologue, qui a voyagé en au pôle nord, en Antarctique ou encore en Himalaya, le concède: la variation de l'épaisseur de la banquise est cyclique. Est-ce déjà arrivé qu'elle fonde totalement l'été? «C'est très probable, même si on ne le sait pas avec certitude. Une fonte totale l'été a sans doute déjà eu lieu, mais c'était il y a plus de 100.000 ans, dans une période naturelle bien plus chaude que celle actuelle».
 
On en revient donc à cette question fondamentale, présente sur toutes les lèvres des sceptiques: comment sait-on que nous ne somme pas simplement dans un cycle de réchauffement, et que l'influence de l'homme est des plus limitée? Comme Descartes, Paul Mayewski reconnaît les bienfaits du doute: «Cela nous oblige à regarder nos chiffres avec la plus grande rigueur.» Mais il l'affirme, «toutes les études faites sur une longue période, avec des approches et des techniques différentes, vérifiées par la communauté scientifique, arrivent à la même conclusion: là où nous en sommes dans le cycle actuel, le réchauffement climatique ne devrait pas se dérouler à un rythme si rapide. Tout pointe vers une influence externe, notamment les émissions de gaz.»