Mission Artemis : Quelle place pour les femmes dans la conquête spatiale ?

PETIT PAS Une femme fera partie du voyage sur la Lune prévu pour 2025, une première pas si révolutionnaire

Cécile De Sèze
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La fusée lunaire de la NASA pour la mission Artemis 1 en orbite autour de la Lune au Centre spatial Kennedy, mardi 30 août 2022, à Cap Canaveral, en Floride.
La fusée lunaire de la NASA pour la mission Artemis 1 en orbite autour de la Lune au Centre spatial Kennedy, mardi 30 août 2022, à Cap Canaveral, en Floride. — John Raoux/AP/SIPA
  • Ce samedi va décoller la capsule Orion jusqu’en en Orbite autour de la Lune dans le cadre de la mission Artemis 1 organisée par la Nasa.
  • Artemis 3, prévue pour 2025, permettra à l’équipage de marcher à nouveau sur la Lune, plus de cinquante ans après Apollo 1. Une femme astronaute fera partie du voyage a promis la Nasa.
  • Un vrai message politique mais en aucun cas une révolution pour la place des femmes dans le spatial estiment Yaël Nazé, astrophysicienne FNRS à l’université, et Christelle Astorg-Lepine, directrice des programmes d’accélération de startups dans l’aéronautique, spatial et de défense chez Starburst, contactées par 20 Minutes.

Un petit pas pour la femme, un grand pas pour l’égalité ? Plus de cinquante ans après la première mission Apollo qui a permis à Neil Armstrong d’être la première personne à mettre un pied sur la Lune, la Nasa prépare une nouvelle mission lunaire. La mission Artemis 1 doit propulser la capsule Orion sans équipage jusqu’en orbite autour de la Lune, afin de vérifier que le véhicule est sûr pour de futurs astronautes. Ce ne sera qu’en 2025, au plus tôt, qu’un équipage pourra alunir. Parmi cet équipage, la Nasa a promis d’envoyer la première femme​ et la première personne de couleur qui marcheront sur la surface lunaire.

Et dans cette capsule, dont le décollage prévu à l’origine lundi 29 août a été reporté à ce samedi, deux mannequins, imitant la morphologie et certains organes féminins, permettront de préciser les effets des radiations sur le corps de la femme. Une révolution pour les femmes astronautes ? Plutôt un « symbole », un « message politique », « un pas dans le bon sens », mais en aucun cas une réelle révolution, estiment Yaël Nazé, astrophysicienne FNRS à l’université, et Christelle Astorg-Lepine, directrice des programmes d’accélération de startups dans l’aéronautique, spatial et de défense chez Starburst, contactées par 20 Minutes.

Un message positif mais en retard

Ces deux mannequins, plutôt des bustes, aux propriétés féminines vont donc permettre de récolter des données sur les répercussions d’un voyage lointain dans l’espace sur le corps de la femme, et le corps en général. Plus exactement, on « va affiner ce que l’on sait déjà, il y a déjà des études sur les différences entre les corps de femmes et d’hommes mais il faut simplement être certain avant d’envoyer des êtres vivants », nuance Yaël Nazé.

Ainsi, « si c’était extraordinairement dangereux pour la femme, ce serait également extraordinairement dangereux pour l’homme », ajoute-t-elle. « Je ne sais pas s’il y a beaucoup de différences entre les effets sur l’homme et sur la femme, abonde Christelle Astorg-Lepine, mais au niveau politique, c’est un vrai message ». C’est tout de même « un pas dans le bon sens », estime également l’astrophysicienne, qui pourrait ouvrir la voie aux femmes qui veulent devenir astronautes, ou même travailler dans le spatial.

Un pas dans le bon sens qui arrive avec beaucoup de retard. « Jusqu’à présent, c’était la honte », tranche Christelle Astorg-Lepine. Depuis Neil Amstrong, 11 personnes ont pu fouler le sol lunaire. Pas une seule femme. « On est rattrapé par la société, il y a un vrai message de compréhension en disant qu’on ne peut pas exclure la moitié des habitants, c’est vraiment un message politique », martèle-t-elle. Et envoyer une femme astronaute peut aussi favoriser des vocations chez les plus jeunes, cela permet de s’identifier et ouvrir une voie souvent exclue par crainte de ne pas appartenir au milieu.

Encore beaucoup de progrès à faire

Malgré ce message positif, de gros progrès restent à faire. A commencer par des choses aussi basiques que l’équipement. « On n’a même pas de scaphandre pour les femmes, ça n’existe pas », s’insurge Yaël Nazé. Alors que la tenue se doit d’être à la bonne taille pour que la personne puisse effectuer des tâches parfois très précises. « Avec des gants trop grands, cela handicape », plussoie-t-elle. Et d’ajouter : « On commence tout juste à avoir des toilettes pour femmes ». Il faut donc un changement de mentalités global et rapide. Un changement qui passe par ce genre d’initiative d’envoyer enfin une femme sur la Lune, mais aussi par la fiction. Comme le rappelle Yaël Nazé, certains personnages, et notamment celui incarné par Nichelle Nichols dans Star Trek, ont participé à l’ouverture du spatial aux femmes. « Ça a changé les mentalités outre-Atlantique », résume-t-elle.

Mais pour le moment, les femmes restent extrêmement sous représentées dans les missions spatiales. Dans les deux gros contingents européens dans ce domaine, l’Allemagne et la France, on ne compte qu’une seule femme astronaute : Claude Haigneré, âgée de 65 ans aujourd’hui. En revanche, il y a de plus en plus de femmes autour du spatial, comme des contrôleuses de mission, des cheffes de mission, des ingénieures, « ça monte tout doucement », constate Yaël Nazé mais cela reste « un univers encore très masculin ». Et en France ? Selon un article de La Tribune publié en 2015, le CNES (Centre national d’études spatiales) compte 37 % de femmes, mais « plutôt dans des postes de management, de proximité. Il y a toujours un plafond de verre pour les femmes », regrette Christelle Astorg-Lepine. A noter tout de même que pour cette mission Artemis, c'est une femme qui est aux commandes du lancement de la mégarocket de la Nasa, Charlie Blackwell-Thompson... 

Heureusement, côté études, les choses changent et les écoles qui forment les futurs astronautes font des efforts pour s’ouvrir et attirer des jeunes femmes dans leurs rangs. Mais on n’en est pas encore au 50/50 %. « Ce qui est dommage, en 2023, c’est qu’envoyer une femme sur la Lune soit encore un événement alors qu’on pallie simplement un retard en dehors de tout entendement », juge Christelle Astorg-Lepine.