Comment Curiosity a révolutionné nos connaissances sur la planète Mars

ESPACE Le 6 août 2012, le rover Curiosity se posait sur Mars. Grâce à toutes les données récoltées au fil des 28,4 km qu’il a parcouru sur la planète rouge, les scientifiques savent désormais qu’elle aurait pu être habitable dans le passé

Béatrice Colin
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Le rover Curiosity sur la planète Mars.
Le rover Curiosity sur la planète Mars. — NASA/JPL-Caltech
  • Il y a dix ans, le 6 août 2012, le rover Curiosity posait ses roues sur la planète Mars.
  • Depuis, l’astromobile a parcouru 28,4 km, a tiré grâce à sa ChemCam plus de 900.000 fois et a foré à 35 reprises le sol martien.
  • Grâce aux données et images récoltées, les scientifiques ont pu démontrer que la planète rouge aurait pu être habitable il y a plus de 3 milliards d’années dans une forme de vie simple.

Le 6 août 2012, après une descente de sept minutes où les ingénieurs de la Nasa se sont cramponnés à leur fauteuil, le rover Curiosity posait ses roues dans un cratère, sur le sol martien. Le début d’une aventure censée durer deux ans et qui, une décennie plus tard, continue à faire vibrer tous les matins les scientifiques qui reçoivent les nouvelles et images collectées par ce bijou de technologies de près de 900 kg. En particulier ceux qui se trouvent derrière les écrans du  French Operations Centre for Science and Exploration au Centre spatial de Toulouse.

Depuis dix ans, les ingénieurs du CNES et les chercheurs de l’Institut de recherche en astrophysique et planétologie de la Ville rose scrutent les résultats des tirs laser qu’ils ont programmés sur l’instrument ChemCam la veille, à des millions de kilomètres du plancher des vaches. Depuis son arrivée sur la planète rouge, après avoir parcouru 28,4 km, l’astromobile n’a pas chômé, visant à 907.000 reprises la roche qui l’entoure.

L’habitabilité de Mars démontrée

Pas pour le plaisir de dégommer des sédiments, mais pour remplir les objectifs la mission d’exploration Mars Science Laboratory, lancée en 2003, en observant leur composition chimique grâce à un spectromètre. « La Terre et Mars se sont formés en même temps mais ont évolué de manière différente. Nous voulons savoir pourquoi Mars est devenue telle qu’elle est. C’est aussi un moyen de mieux comprendre la Terre, d’étudier l’émergence de la vie, mais aussi le climat martien et, pourquoi pas, préparer l’exploration humaine prochaine », rappelle Valérie Mousset, chef de projet Curiosity au CNES.

Une mission que Curiosity a déjà largement remplie puisqu’il a démontré « que Mars dans le passé aurait pu être habitable il y a plus de 3 milliards d’années dans une forme de vie simple », poursuit la responsable. Curiosity a ainsi retrouvé des traces d’eau, des composés chimiques et énergétiques nécessaires à une vie microbiologique et des traces de molécules organiques.


« Grâce à toutes ces mesures, nous avons pu faire une cartographie chimique. On s’intéresse ainsi aux petites transformations au cours du temps, combien de fois les roches ont été en contact avec l’eau mais aussi regarder comment elles ont été façonnées par le vent », poursuit Olivier Gasnault, responsable de l’instrument ChemCam et chercheur à l’IRAP. Comme cette image fascinante d’une rose des sables d’1 cm, minuscule concrétion érodée par une roche sédimentaire qui a été cimentée par une eau souterraine riche en minéraux.


Les équipes ont ainsi mis en évidence, que la planète rouge a connu des alternances de périodes sèches et plus humides, avant de s’assécher complètement il y a près de 3 milliards d’années.

A la découverte d’une immense vallée

Grâce à sa foreuse et sa pelleteuse, Curiosity a pu aussi collecter des échantillons de sol et les a analysés. Trouvant du méthane à des niveaux faibles, de l’argile, des sels chlorés, du perchlorate et « parmi les dernières grandes découvertes, nous avons récemment trouvé des composés soufrés », relève Arnaud Buch, ingénieur CNRS au laboratoire atmosphères, milieux, observations spatiales.

Malgré des roues bien usées, des conditions extrêmes de températures, le rover va continuer à rouler sa bosse trois ans de plus. La Nasa s’est en effet engagée à financer le fonctionnement et les recherches de la mission jusqu’en 2025. Et, alors qu’à plus de 3.000 km de là son successeur Persévérance continue à étudier la surface du sol martien et à collecter des échantillons, Curiosity s’engage désormais dans une vallée de 800 m de large et 100 m de hauteur. « Au fond de la vallée, il y a comme un lit de rivière qui pourrait être les derniers écoulements d’eau sur Mars. Les gros éboulis qui jonchent le sol vont aussi nous permettre de voir ce qui est au-dessus », s’enthousiasme Olivier Gasnault. L’aventure est loin d’être terminée.