Espace : Pourquoi il était important pour l’Europe de réussir le lancement de la fusée Vega-C, petite sœur d’Ariane 6 ?

PERSPECTIVES Avec la réussite du premier vol de la fusée Vega-C, l’Agence spatiale européenne inaugure une nouvelle génération de lanceurs mieux adaptée à un marché des satellites en pleine explosion

Hélène Menal
La fusée Vega-C de l'Agence spatiale européenne a réussi son vol inaugural.
La fusée Vega-C de l'Agence spatiale européenne a réussi son vol inaugural. — ESA
  • En attendant Ariane 6 en 2023, sa « petite sœur » Vega-C a réussi son premier lancement ce mercredi en décollant de Kourou.
  • Elle inaugure la nouvelle génération de lanceurs européens de satellites, plus performante et mieux adaptée à un marché mondial qui explose.
  • Son quatrième étage est un module commun avec Ariane 6 et lui servira de booster d’appoint.

Jouer sa propre partition dans la stratégique, féroce et lucrative course aux lanceurs de satellites. Voilà tout l’enjeu que représente pour l’Europe spatiale le vol inaugural réussi ce mercredi depuis Kourou de la « petite » fusée Vega-C. Après deux décomptes avortés, l’engin de 35 mètres de haut s’est élevé dans le ciel guyanais, inaugurant tout simplement le début du règne d’une nouvelle génération de lanceurs pour l'Agence spatiale européenne (ESA).

« C’est l’aboutissement d’une décision prise en décembre 2014 par l’Europe spatiale, rappelle Jean-Marc Astorg, le directeur de la stratégie du Cnes. Celle de remplacer les trois lanceurs Ariane 5, Vega et Soyouz par deux lanceurs plus compétitifs sur le marché mondial : Ariane 6 et Vega-C ». Pour balayer tous les spectres des nouveaux satellites, institutionnels ou commerciaux, petits ou gros, en solo ou en grappes.


Si le premier vol du lanceur lourd Ariane 6 a été reporté en 2023, la gamme des lanceurs légers vient donc de réussir sa modernisation. Car Vega-C – « C » pour consolidation – est la version dopée de son prédécesseur, construite par le même industriel italien Avio. Elle est capable de mettre en orbite basse des masses totales de 2,2 tonnes contre 1,5 tonne pour Vega, lancé à 20 reprises, dont deux infructueuses, depuis 2012.

17.000 satellites doivent être lancés en 10 ans

Et ce nouveau vaisseau de la flotte européenne tombe à pic, alors que le programme américain SpaceX tient la vedette sur le créneau et que la demande explose. « On a une augmentation très importante du nombre de petits satellites. Il est donc intéressant d’avoir des lanceurs qui soient bien adaptés », souligne Jean-Marc Astorg.

Selon le cabinet spécialisé Euroconsult, plus de 17.000 satellites doivent être lancés d’ici à 2031, soit 4,5 fois plus qu’au cours de la décennie écoulée. Et parmi eux, une grande majorité seront en effet des petits satellites envoyés en orbite basse, comme sait désormais le faire Vega-C. Avec ses performances accrues, il peut s’adresser à 90 % du marché des satellites en orbite basse à quelques centaines de kilomètres d’altitude, contre la moitié pour Vega, selon Avio, interrogé par l’AFP.

Vega-C enfin va laisser moins de débris spatiaux dans son sillage. Son quatrième étage est réallumable et permet de positionner les satellites sur différentes orbites avant de se désorbiter lui-même.

Sœurs et maintenant voisines

Par ailleurs, ce mercredi, c’est aussi un petit bout d’Ariane 6 qui a pris son envol. Le « P120C », premier étage de la fusée est un module commun avec Ariane 6 à qui il servira de booster d’appoint. Une compatibilité de bon aloi pour l’économie des deux programmes. Et, preuve que les destins de la grande fusée et de sa petite sœur sont liés, le corps central d’une Ariane 6 a été placé pour la première à la verticale sur son pas de tir de Kourou le 2 juillet. L’assemblage de la grande fusée nouvelle génération va s’y poursuivre, combiné à toute une batterie de tests.

Et ne dites pas aux Européens qu’ils sont à la traîne d’Elon Musk. D’ailleurs, la stratégie n’est pas la même. Ariane 6 et Vega-C ne comportent pas de modules réutilisables comme la fameuse fusée Falcon 9​ de Space X. « On n’a pas fait ce choix en 2014. Du point de vue du client, ce qui compte, c’est que le lanceur soit disponible, qu’il soit fiable, et que le coût soit intéressant. La réutilisation, ça n’a pas beaucoup d’intérêt pour lui, ça peut même représenter un certain nombre de contraintes », explique le directeur de la stratégie du Cnes. La fusée qui revient, les Européens travaillent dessus, « avec de nouveau moteurs et de nouveaux démonstrateurs ». Mais ce sera plutôt pour la génération d’après. Après Ariane 6 et Vega-C. Et en attendant, la petite fusée peut tout de même larguer Space Rider, un petit module orbital capable, lui, de revenir de sa mission.