Avec le télescope James-Webb, on voit l’Univers « plus net, comme si on mettait des lunettes à un myope »

ESPACE Les nouvelles images du télescope spatial James-Webb dévoilées par la Nasa ce mardi vont permettre d’avoir une représentation nouvelle (et plus nette) du Cosmos

Béatrice Colin
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Un détail de la nébuleuse de la Carène pris par le télescope spatial James-Webb.
Un détail de la nébuleuse de la Carène pris par le télescope spatial James-Webb. — NASA, ESA, CSA, and STScI
  • Le télescope James-Webb, le plus grand jamais envoyé dans l’espace, vient de livrer ses premières images.
  • Des clichés qui vont permettre d’en apprendre plus sur la naissance de l’Univers mais aussi la mort des étoiles semblables au soleil.
  • Pour l’astrophysicien toulousain Olivier Berné, dont les recherches vont utiliser les observations de la nébuleuse d’Orion par le télescope James-Webb, ces premiers clichés sont prometteurs.

Une infime partie du ciel, pas plus gros qu’un grain de sable tenu à bout de bras depuis le plancher des vaches mais qui, grâce au télescope James-Webb (JWST), révèle des milliers et milliers de galaxies, aux formes plus différentes les unes des autres. Les clichés dévoilés depuis lundi par le plus grand télescope spatial, positionné à 1,5 million de kilomètres de la Terre, permettent de voir des galaxies qui se trouvent à 13 milliards d’années-lumière et donnent une idée de l’Univers juste après le Big Bang.

La première image dévoilée par Joe Biden dès lundi soir montre l’amas de galaxies SMACS 0723, observé durant 12,5 heures par le télescope. Ce qui ressemble fort à des croix brillantes sont des étoiles et les spirales et autres points lumineux sont des galaxies, une planète étant une infime partie de ce tout petit point. De quoi se sentir minuscule. Et de donner du travail durant des années à tous les astronomes qui planchaient jusqu’à présent sur les données de Hubble.

Des origines des planètes à la mort d’une étoile

« Dans un pixel de ce cliché, on a des centaines de milliers de systèmes solaires, ça nous donne à voir une tranche de l’Univers et nous renseigne sur sa structuration. Webb est une machine à remonter le temps, à regarder loin dans le passé et voir l’objet tel qu’il était il y a 13 milliards d’années. Le télescope Spitzer observait déjà dans l’infrarouge, avec James-Webb nous allons avoir une finesse de taille augmentée par huit. C’est comme si on passait d’un tableau impressionniste de l’Univers à un tableau réaliste ou comme si on mettait des lunettes à un myope, tout est plus net », explique Olivier Berné, chercheur CNRS à l’Institut de recherche en astrophysique et planétologie de Toulouse (IRAP).


Ces images infrarouges, les plus profondes et plus nettes de l’univers lointain à ce jour, ouvrent donc de nouvelles perspectives. Grâce à son miroir de 6,5 m, le JWST permet de voir plus de détails et des objets les plus faibles jamais observés.

Ce mardi, alors que les autres premières images du télescope sont dévoilées à l’autre bout de la Terre par la Nasa, Olivier Berné se réjouit de ses premiers signaux déjà très prometteurs. D’autant plus que son équipe est l’une des treize dont le programme international a été sélectionné pour utiliser les données collectées par James-Webb. En septembre, durant quarante heures, le télescope va ainsi pointer leur sujet d’études, la nébuleuse d'Orion, une pouponnière d’étoiles.

Des images du Quintette de Stephan à 290 millions d’années-lumière

En attendant de pouvoir découvrir ce qu’elle lui réserve, le chercheur toulousain va pouvoir se pencher sur l’un des autres clichés du jour : la nébuleuse de la Carène. « Elle est un peu semblable, mais plus loin. Avec celle d’Orion, nous aurons plus de détails sur des planètes qui ont de 10 à 100.000 ans, ce qui n’est rien comparé à l’âge de notre système solaire. Les regarder, c’est un moyen de remonter à la question de nos origines, je suis convaincu que cela nous amènera à avoir de nouvelles questions sur l’origine de la vie. Avec l’observation de la nébuleuse de l'Anneau austral, une étoile en fin de vie, c’est aussi une représentation de ce que va devenir le soleil à la fin de sa vie », poursuit l’astrophysicien.


Ce nuage de gaz en expansion entoure une étoile mourante et se trouve à 2.000 années-lumière de la Terre. Beaucoup plus loin, à près de 290 millions d’années-lumière, le JWST a capté le Quintette de Stephan.

La nébuleuse de l?anneau austral prise par le télescope James-Webb, une étoile en fin de vie.
La nébuleuse de l?anneau austral prise par le télescope James-Webb, une étoile en fin de vie. - NASA/ESA/CSA James Webb Telescope

Derrière ce nom poétique se cache un groupement de galaxies qui se trouve dans la constellation de Pégase, observé pour la première fois par le Français Edouard Stephan en 1878. Constituées de milliards d’étoiles, elles se trouvent en dehors de notre Voie lactée.​ « Elle permet de comprendre comment s’est formé l’Univers, comment il évolue et l’interaction entre les gros astres. Quand deux galaxies se rencontrent, les étoiles se croisent mais ne se percutent pas. Il y a un côté majestueux », assure Simon Pujol, médiateur à la Cité de l’espace qui a créé un espace dédié à l’actualité du télescope James-Webb.

D’ici peu, grâce à l’observation de la planète géante gazeuse WASP-96b, on en apprendra plus sur la composition chimique de son atmosphère, sur la présence de certaines molécules, et pourquoi pas la découverte d’eau ou encore de sodium. Et pourquoi l’habitabilité d’autres planètes. Autant d’informations et de clichés qui vont peu à peu complètement reconstruire la représentation du cosmos que nous avons, issue en majorité des images que nous a offertes Hubble ces dernières années.