Zephalto va emmener des voyageurs en ballon dans la stratosphère pour une croisière avec vue sur la Terre

REVE D'ESPACE Zephalto, une société originaire de l’Hérault, s’installe à Toulouse, la capitale de l’aérospatiale, pour accélérer son projet de voyage vers l’espace en ballon stratosphérique

Béatrice Colin
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Celeste, le ballon de la société Zephalto, va proposer des vols dans la stratosphère en 2024 grâce à sa capsule pressurisée.
Celeste, le ballon de la société Zephalto, va proposer des vols dans la stratosphère en 2024 grâce à sa capsule pressurisée. — Zephalto
  • Zephalto, en partenariat avec le CNES et d’autres industriels, s’installe dans la périphérie toulousaine pour développer son concept de ballon stratosphérique.
  • En 2024, ce ballon "bas carbone" qui peut atteindre 25 km d’altitude et offrir un panorama unique sur la Terre, embarquera ses premiers voyageurs.
  • Ce nouvel objet volant dédié au tourisme spatial est accessible à tous physiquement grâce à une capsule pressurisée sur le concept de la carlingue d’avion. Mais il faudra par contre débourser 120.000 euros.

Au XIXe siècle, Jules Verne faisait découvrir l’Afrique à travers les pérégrinations imaginaires du docteur Fergusson en montgolfière. Dans deux ans, des voyageurs vont aussi faire un voyage en ballon, mais cette fois bien réel et pour découvrir la Terre, bien installés au chaud dans une capsule pressurisée à 25 km au-dessus du plancher des vaches.

Cette idée folle de tourisme dans la stratosphère a germé dans la tête d’une poignée de passionnés d’aérospatiale réunis au sein de la société Zephalto. « Au départ, nous avions ce rêve de voler vers les étoiles comme un voilier, de caboter en utilisant des moyens respectant l’environnement, en harmonie avec les éléments que sont l’air, le soleil et le vent. L’objectif est de ne pas polluer, d’avoir un voyage bas carbone », insiste Vincent Farret d’Astiès, ingénieur formé à l’Ecole nationale de l’aviation civile (Enac) de Toulouse.

La vue depuis la future capsule du ballon Céleste de Zephalto.
La vue depuis la future capsule du ballon Céleste de Zephalto. - Zephalto

Ici, pas de fusée pour propulser le ballon et qui produit à chaque lancement sur un pas de tir pas moins de 1.150 tonnes de CO2 d’émission. Le gaz utilisé pour monter est plus léger que l’air et grâce à la poussée d’Archimède et aux vents, le ballon baptisé Céleste ne produira aucune émission. Et contrairement au projet lancé Outre-Atlantique sur le même concept, « nous, nous développons une enveloppe de ballon réutilisable conçue avec des matériaux plus résistants », indique le fondateur de Zephalto.

Pour mettre au point un ballon capable de voler jusqu’à 60 fois par an à terme, il a décidé de se rapprocher de la ville rose et des acteurs de l’aérospatiale. Après avoir vu le jour en 2016 du côté de l’Hérault, sa société prend donc ses quartiers dans la périphérie toulousaine, à quelques encablures du Centre national d'études spatiales (CNES), un de ses partenaires qui a déjà éprouvé la technologie du ballon stratosphérique. Mais pas tout à fait aussi haut.

Une cabine pressurisée, pas besoin d'être Thomas Pesquet

Pour atteindre l’altitude de 25 km et proposer aux six voyageurs un panorama de 1.400 km sur la planète bleue, il faut encore développer une capsule pressurisée. Un peu à l’image des carlingues d’avion, où l’on peut déguster un bon vin tout en admirant la vue. Et même en faisant un selfie avec notre bonne vieille planète en toile de fond. D’où l’intérêt de se rapprocher des industriels de l’aviation, eux aussi, basés à Toulouse.

La cabine pressurisée du ballon permettra d'emmener six passagers à 25 km d'altitude, offrant un panorama de 1400 km sur la Terre.
La cabine pressurisée du ballon permettra d'emmener six passagers à 25 km d'altitude, offrant un panorama de 1400 km sur la Terre. - Zephalto

Pensée pour observer l’horizon à 360°, cette structure devra pouvoir résister à des températures basses, qui peuvent atteindre les -75 °C lorsqu'on passe les 10 km de haut. Hors de question pour autant de faire vivre un calvaire à ceux qui auront déboursé 120.000 euros pour 6 heures de voyage à bord de Céleste.

Ni de se transformer en Thomas Pesquet, prêt à résister à la gravité. « Il faut que ce soit comme dans un avion, accessible à tout le monde et sécurisé. Il ne faut pas qu’il y ait de contrainte physique. Une des personnes qui s’est inscrite va ainsi monter avec son père et son fils », expose Vincent Farret d’Astiès qui a l’aérostat inscrit dans les gènes ; un des aïeuls ayant survolé en 1870 Paris à bord d’un ballon avec dans ses bagages des communications stratégiques alors que la guerre franco-allemande faisait rage.

Déjà près de 500 inscrits

Lui, en plus des touristes qui auront les moyens de débourser cette grosse somme, ce sont des expériences scientifiques qu’il compte embarquer à bord. « Nous allons emmener des gens partager ce rêve et nous allons en profiter pour ramener des données utiles pour tout le monde, notamment celle concernant le climat. C’est un peu comme pour les débuts de l’aviation, dans les années 1920, qui était réservée à des gens fortunés. Les pionniers ont permis d’améliorer la technologie, aujourd’hui accessible à tous », compare le patron de Zephalto.

Pour l’heure, 450 personnes ont déjà réservé leur place en payant 5.000 euros. Les premiers vols de ce nouvel objet volant affichent déjà complet pour 2024, attirant des Français comme des étrangers avides de nouvelles sensations et de voir la Terre sous un autre angle. D’ici là, les phases d’essais et de certification se poursuivent. Avec l’ambition à terme d’embarquer 360 personnes chaque année, et de les rapprocher un peu plus près des étoiles.

EMBAUCHES

On ne sait pas si une clause des contrats de travail comprend un vol gratos en ballon stratosphérique. En tout cas, dans le cadre de son installation à Escalquens (au sud-est de Toulouse), Zephalto embauche une quarantaine de personnes, de l’ingénieur aéronautique au contrôleur aérien. Et les jeunes sorties d’école sont les bienvenus. A vos CV !