Espace : Vous avez aimé Rosetta ? Vous allez adorer Comet Interceptor

MISSION Héritière de Rosetta, la mission Comet Interceptor doit être lancée en 2029 à la recherche d’une cible non identifiée : une comète primitive, pas encore polluée par ses voyages dans notre système solaire et recelant peut-être les secrets des origines

Hélène Menal
— 
La mission consiste à intercepter une comète primitive à son arrivée dans notre système solaire. Illustration
La mission consiste à intercepter une comète primitive à son arrivée dans notre système solaire. Illustration — ESA
  • La mission Comet Interceptor doit être lancée en 2029 par les agences spatiales européenne et japonaise.
  • Suite logique de Rosetta et sa comète Tchouri, son but est d’intercepter une autre comète mais primitive celle-là, autrement dit moins abîmée par des voyages à proximité du Soleil.
  • Corollaire de cette ambition, la mission partira à l’aveugle, sans connaître sa comète cible.
  • L’objectif est de peut-être découvrir grâce à cette inconnue ce que la vie sur Terre doit aux voyageuses interstellaires.

Cette comète-là sera-t-elle en forme de canard ou de patate comme Tchouri visitée par Philae lors des pérégrinations de Rosetta ? Personne ne peut le dire pour l’instant, même parmi les scientifiques qui préparent la nouvelle aventure spatiale Comet Interceptor. Validée le 8 juin par l’Agence spatiale européenne (ESA), en partenariat avec son homologue japonaise (JAXA), cette mission, « petite » par la taille – moins de 1.000 kg pour une sonde mère et deux satellites filles –, sera grande par le suspense.

Son lancement est prévu en 2029 et son but est d’explorer une « comète la plus primitive possible », provenant au pire des confins du système solaire mais, au mieux, carrément d’un autre système planétaire que le nôtre, comme on en détecte une dizaine par an.

A l’aveugle vers une comète pas « cuite »

Pourquoi cette « virginité » est-elle requise ? « Toutes les comètes que l’on connaît sont des comètes à période courte, qui passent régulièrement près du Soleil et qui donc ont été "cuites" par lui au fil des milliers et des millions d’années. Cette mission-là a pour but de découvrir et d’étudier une comète nouvelle, beaucoup plus proche des conditions de formation de notre système solaire », répond Philippe Garnier, enseignant-chercheur à l’Institut de recherche en astrophysique et planétologie (Irap*) de Toulouse qui collabore à deux des trois instruments de Comet Interceptor.

Conséquence de cette ambition, quand la mission partira, ce sera « à l’aveugle », sans connaître l’objectif ultime. Les sondes – passagères clandestines de la mission Ariel en partance, elle, pour trouver des exoplanètes – « se gareront » au point Lagrange L2, « un point d’équilibre qui permet de rester derrière la Terre et de tourner avec elle, en équilibre », explique Philippe Garnier. Et de ce parking observatoire, elles attendront, la perle rare. Pour la trouver, elles vont rester, des semaines voire des mois, braquées sur le nuage d’Oort, « un réservoir énorme de petits cailloux glacés issus des restes de la formation du système solaire qui ont été éjectées très, très loin par les forces de gravitation ».

Coopération « familiale » pour une observation plus fine

Autre originalité de la mission, grâce à la coopération familiale des trois satellites, la comète sur laquelle ils auront jeté leur dévolu va être étudiée sous toutes les coutures pour en révéler une « sorte de profil 3D ». « Un seul point de vue, c’est assez réducteur, souligne Philippe Garnier, alors que Rosetta nous a montré combien les choses sont compliquées sur une comète qui n’est pas du tout symétrique et où des processus différents sont à l’œuvre sur ou sous la surface ». L’instrument français Lees sera chargé de mesurer les électrons pour connaître la dynamique de la comète. L’instrument européen Maniac sera capable d’analyser la composition des gaz éjectés. De l’oxygène, du dioxyde ou du monoxyde de carbone à coup sûr. Mais aussi peut-être d’autres matières organiques que l’on retrouve sur Terre et qui peut-être sont l’héritage lointain d’une autre comète.

Rosetta a déjà découvert du phosphore et un acide aminé sur Tchouri, et « ouvert pas mal de portes », relève Philippe Garnier. Qui sait si une comète plus originelle ne recèle pas de nouvelles surprises et de nouveaux indices pour percer les secrets de la vie sur Terre ?

*IRAP/OMP – CNRS/CNES/UT3 Paul Sabatie