La Voie lactée cartographiée avec une précision exceptionnelle par le télescope Gaïa

ESPACE Le télescope a fourni de nouvelles informations sur plus de 1,8 milliard d’étoiles

20 Minutes avec agences
Une reproduction du télescope spatial Gaïa.
Une reproduction du télescope spatial Gaïa. — Daniel Ochoa de Olza/AP/SIPA

Le télescope spatial Gaïa a dévoilé ce lundi une nouvelle carte d’une précision inouïe de la Voie lactée. Elle s’accompagne de nouvelles données sur près des deux milliards d’étoiles de notre galaxie.

« C’est un jour fantastique pour l’astronomie », s’est réjoui Josef Aschbacher, directeur général de l’Agence spatiale européenne (ESA) qui a lancé la mission scientifique Gaïa en 2013. L’observatoire spatial, stationné à 1,5 million de kilomètres de la Terre à l’opposé du Soleil, en est à sa troisième moisson de données destinée à cartographier notre galaxie sous toutes ses dimensions.


Des millions de données supplémentaires

Equipé de deux télescopes et d’un capteur photographique d’un milliard de pixels, Gaïa scanne une toute petite partie (à peine 1 %) de chaque étoile. Les chiffres dévoilés ce lundi dépassent l’entendement : en analysant les 700 millions de données envoyées au sol chaque jour durant 34 mois, Gaïa a pu fournir des informations sur plus de 1,8 milliard d’étoiles.

Une foule de détails inédits sont délivrés, comme ces 220 millions de spectres photométriques qui vont permettre d’estimer pour la première fois la masse, la couleur, la température et l’âge des étoiles. Gaïa a aussi livré 2,5 millions de nouvelles compositions chimiques, cet « ADN » renseignant sur le lieu de naissance des étoiles et leur voyage dans la galaxie.

Une galaxie très « turbulente »

Surprise pour les scientifiques : Gaïa a repéré pour la première fois des « tremblements » stellaires, minuscules mouvements à la surface d’une étoile qui en modifient la forme. La découverte ouvre « une mine d’or pour "’astérosismologie" des étoiles massives », à savoir leur fonctionnement interne, a expliqué Conny Aerts, chercheur belge de la collaboration Gaïa.

Les résultats ont donné lieu à une cinquantaine d’articles scientifiques dans la foulée, dressant le portrait d’une galaxie « beaucoup plus turbulente » que prévu. « On pensait qu’elle avait atteint un état stationnaire, tournant gentiment sur elle-même, comme un fluide qu’on touille doucement avec une cuiller en bois, explique l’astronome François Mignard. Mais pas du tout ! »

Comprendre l’histoire de la Voie lactée

Le niveau de précision de Gaïa est tel qu’il « va nous permettre de remonter le passé de la Voie lactée sur plus de dix milliards d’années », explique Anthony Brown, président du consortium international DPAC, la chaîne de traitement au sol du flot de données de Gaïa. Les étoiles vivent en effet des milliards d’années, les analyser est donc l’équivalent de l’étude d’un fossile.

Avec le deuxième catalogue, livré en 2018, les astronomes avaient démontré que notre galaxie avait « fusionné » avec une autre il y a dix milliards d’années. Le nouveau catalogue offre également des mesures d’une précision inégalée pour 156.000 astéroïdes de notre système solaire, en décortiquant la composition de 60.000 d’entre eux.

Il aura fallu cinq ans pour livrer ce troisième catalogue d’observations étalées de 2014 à 2017. Et il faudra attendre 2030 pour en obtenir la version finale, quand Gaïa aura fini de scruter l’espace, en 2025.