Ce super prédateur marin de plus de 15 mètres a disparu au profit du grand requin blanc

PALEONTOLOGIE Otodus mégalodon, qui régnait dans les océans il y a cinq millions d’années, a disparu au profit du grand requin blanc, pourtant plus « petit » que lui

20 Minutes avec agences
Un requin blanc.
Un requin blanc. — SUPERSTOCK/SIPA

Il s’appelait Otodus mégalodon. Ce requin géant régnait dans les océans, sans concurrence, il y a cinq millions d’années. Dans la chaîne alimentaire, il a occupé à un moment le niveau trophique – le rang le plus élevé – de super prédateur. Une conclusion tirée notamment de la taille de ses dents, des triangles acérés dépassant aisément la dizaine de centimètres, soit la largeur d’une paume de main.

Mais Otodus mégalodon a pourtant disparu au profit d’un cousin plus « petit », le grand requin blanc, selon une étude publiée mardi dans Nature communications.

Une analyse à partir du zinc dans l’émail des dents

Une équipe internationale de chercheurs apporte un éclairage inédit sur ce géant dépassant quinze mètres, qui régnait dans les océans il y a plus de trois millions d’années. « La disparition soudaine » de ce carnivore, parmi les plus grands ayant jamais vécu, « reste une énigme », souligne l’étude signée par Jeremy McCormack, géoscientifique à l’Institut allemand Max Planck. Elle propose un nouvel outil d’analyse du niveau trophique d’Otodus mégalodon et de ses concurrents, à partir du zinc contenu dans l’émail de leurs dents.

On l’y retrouve sous la forme de deux isotopes – deux types d’atomes –, dont la proportion plus ou moins grande de l’un d’eux, le Zinc 66, a un lien direct avec la place de l’animal dans la chaîne alimentaire. Plus sa proportion est faible et plus l’animal se situe à un niveau élevé dans la chaîne alimentaire.

Au même niveau dans la chaîne alimentaire

Les chercheurs ont mis à l’épreuve cette technique récente avec l’analyse de fossiles issus de nombreux musées et d’espèces actuelles. Chez ces dernières, le grand requin blanc et le requin Mako se trouvent aujourd’hui au plus haut niveau trophique. Mais il y a 20 millions d’années, au Miocène, cet honneur revenait à Otodus chubutensis, un requin géant friand de poissons et cétacés. Otodus mégalodon va lui succéder au poste de super prédateur, mais à un niveau trophique plus bas, jusqu’à l’ère du Pliocène, il y a environ cinq millions d’années.

Les analyses montrent que mégalodon a perdu du terrain face à Carcharias Carcharodon, le grand requin blanc. Bien que plus petit en taille – il n’atteint pas plus de six mètres –, on sait ce dernier très opportuniste en matière d’alimentation. L’étude relève que les deux espèces se trouvaient au même niveau dans la chaîne alimentaire. Mais on ne sait pas exactement pourquoi Otodus mégalodon a finalement disparu.

« Une possible compétition » pour les aliments

Une étude de 2016 voyait une coïncidence entre l’effondrement de sa population et une baisse dans la diversité des cétacés dont il se repaissait, avec la disparition notamment des baleines mysticètes. Les auteurs de l’étude dans Nature soutiennent ainsi l’hypothèse d’une « co-évolution et co-extinction » des deux espèces de requin et de baleine.

Ils voient aussi un facteur important dans la compétition avec le grand requin blanc. Leur étude évoque « une possible compétition pour les ressources alimentaires entre ces deux lignées de requins ». Que le grand requin blanc a fini par gagner.