Questions d’enfants : « Quand un aveugle rêve, qu’est-ce qu’il voit ? », se demande James (9 ans)

NEUROSCIENCES Découvrez, chaque jour, une analyse de notre partenaire The Conversation. Ce lundi, un universitaire explique à un enfant comment l’on rêve lorsque l’on est privé de vue

20 Minutes avec The Conversation
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Les aveugles rêvent... mais comment ?
Les aveugles rêvent... mais comment ? — Viktor Talashuk / Unsplash
  • Ceux qui étaient aveugles à la naissance et ceux qui sont devenus aveugles plus tard ne « voient » pas la même chose dans leurs rêves, selon notre partenaire The Conversation.
  • En d’autres termes, les personnes aveugles à la naissance ont des expériences oniriques globales similaires mais ne rêvent pas « en images ».
  • Cette analyse a été menée par Kevin Duffy, professeur au département de psychologie et neurosciences de l’Université Dalhousie (Canada)

La perception du monde chez les humains passe principalement par la vue. Près de la moitié de notre cerveau est consacrée au traitement des informations visuelles et la plupart des réseaux cérébraux responsables de la vision s’établissent dès le début de la vie.

Cela signifie que, dès la naissance et tout au long de notre vie, nous accumulons des expériences et des souvenirs qui dépendent fortement de la vision. Nous associons la plupart de nos interactions à des images visuelles plutôt qu’à des expériences issues de nos autres sens, tels que l’ ouïe ou l’ odorat.

Pour ceux d’entre nous qui ont une vision normale, les rêves sont remplis des images visuelles que nous expérimentons pendant notre vie éveillée. Pour comprendre ce que les aveugles vivent dans leurs rêves, nous devons distinguer les expériences de ceux qui étaient aveugles à la naissance de ceux qui sont devenus aveugles plus tard dans leur vie.

​Tout aussi vifs et imaginatifs

Les êtres humains nés sans la vue ne sont pas en mesure de recueillir des expériences visuelles, de sorte qu’ils comprennent le monde entièrement par leurs autres sens. Par conséquent, les personnes atteintes de cécité à la naissance développent une étonnante capacité à comprendre le monde grâce à l’ensemble des expériences et des souvenirs qui proviennent de ces sens non visuels.

Les rêves des personnes qui développent une cécité plus tard dans leur vie deviennent moins visuels à mesure que leur temps sans vision augmente
Les rêves des personnes qui développent une cécité plus tard dans leur vie deviennent moins visuels à mesure que leur temps sans vision augmente - Kinga Cichewicz / Unsplash

Les rêves d’une personne aveugle depuis sa naissance peuvent être tout aussi vifs et imaginatifs que ceux d’une personne ayant une vision normale. Ils sont cependant uniques car leurs rêves sont construits à partir des expériences et des souvenirs non visuels qu’ils ont recueillis.

Alors qu’une personne dotée d’une vision normale rêvera d’un ami familier en utilisant des souvenirs visuels de forme, d’éclairage et de couleur, une personne aveugle associera le même ami à une combinaison unique d’expériences issues de ses sens non visuels qui agissent pour représenter cet ami.

En d’autres termes, les personnes aveugles à la naissance ont des expériences oniriques globales similaires, mais elles ne rêvent pas en images.

Les personnes aveugles à la naissance ne rêvent pas en images
Les personnes aveugles à la naissance ne rêvent pas en images - Shutterstock (via The Conversation)

L’expérience onirique d’une personne qui a perdu la vue plus tard dans sa vie est très différente de celle d’une personne qui n’a jamais eu de vision. Les personnes qui perdent la vue plus tard dans leur vie ont la capacité de recueillir de nombreuses expériences visuelles qui peuvent apparaître dans leurs rêves et d’une manière très similaire à celle d’une personne voyante.

Il est intéressant – et peut-être attendu – que les rêves des personnes qui deviennent aveugles plus tard dans leur vie deviennent moins visuels à mesure que le temps passé sans vision augmente et qu’elles accumulent plus d’expériences sans vision.

Cette analyse a été rédigée par Kevin Duffy, professeur au département de psychologie et neurosciences de l’Université Dalhousie (Canada).
L’article original a été publié sur le site de The Conversation.

Déclaration d’intérêts
● Kevin Duffy a reçu des financements du Natural Sciences and Engineering Research Council of Canada, et du Canadian Institutes of Health Research.