Espace : Emmanuel Macron préfère « l'exploration » à « la marchandisation » et au tourisme spatial

LOOK UP A Toulouse, Emmanuel Macron a plaidé pour la création d’une « souveraineté spatiale » européenne et une exploration plus soucieuse de connaissance que de marchandisation

Hélène Menal
Emmanuel Macron lors de la réunion des ministres européens chargés de l'Espace, à Toulouse, le 16 février 2022.
Emmanuel Macron lors de la réunion des ministres européens chargés de l'Espace, à Toulouse, le 16 février 2022. — Gonzalo Fuentes - Pool - AFP
  • Dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne, les ministres en charge de l’Espace étaient réunis à Toulouse ce jeudi.
  • Emmanuel Macron leur a dévoilé ses ambitions pour bâtir une « souveraineté spatiale européenne ».
  • Elle passera par le lancement d’une constellation de satellites qui doit garantir à l’Europe une connectivité autonome.
  • Le président français a aussi plaidé pour une exploration spatiale qui garantit la connaissance et assume sa « part de rêve » sans marchandisation.

S’inspirer de l’émergence « météorique » des milliardaires américains dans l’espace sans pour autant poursuivre toujours les mêmes desseins. C’est la trajectoire proposée ce jeudi à  Toulouse par  Emmanuel Macron à l’occasion d’une réunion informelle des ministres européens en charge de l’Espace. Le rendez-vous était destiné à poser les jalons de « choix clairs et structurants », pour « assurer la souveraineté spatiale de l’Europe ».

En matière de constellations satellitaires en premier lieu, ces relais qui permettent la connectivité haut débit, pour les zones blanches, la télémédecine, les secours, pour les objets connectés, les voitures autonomes, ou encore pour maîtriser des communications cryptées en matière de Défense.

Ne pas rester derrière les Chinois et les Américains

Les Chinois sont en avance, les Américains aussi – avec le réseau Starlink d’Elon Musk notamment – et il n’y aura pas de la place en orbite pour beaucoup d’autres grappes. Une « dizaine tout au plus ». Emmanuel Macron a exhorté l’Europe de « prendre son destin en main » dans ce domaine. Et il a été vite exaucé puisque en fin de journée, Bruno Le Maire a annoncé que les pays membres ont approuvé « à l’unanimité » le principe du lancement d’une constellation européenne de satellites en orbite basse.

« Nous voulons un signal [satellitaire] européen, autonome, souverain », a précisé le ministre de l’Economie qui présidait la réunion. Une décision aussi « géopolitique », a souligné le commissaire européen Thierry Breton auteur d’un rapport récent sur la question, puisque cette constellation qui aura une trajectoire « nord/sud » pourra aussi couvrir le continent africain.

Pour mettre sur orbite la constellation, mais aussi pour que l’Europe continue à développer ses propres lanceurs pour les satellites institutionnels et commerciaux, le président français loue les méthodes de ceux qui, comme Elon Musk mais sans le citer, « ont su marier des financements publics importants (…) et la vélocité d’acteurs privés ».

« Un bien commun qui doit être utile à tous »

Mais pour « la part de rêve que charrie l’espace », l’exploration au sens noble, Emmanuel Macron se démarque des aventuriers milliardaires.  « Pour nous, Européens, le modèle spatial viable n’est pas celui de l’exploitation, n’est pas celui de l’augmentation du nombre de touristes spatiaux pour des milliers, voire des millions de dollars, pas plus que le seul horizon n’est l’exploitation minière de la Lune, dit-il. Nous, Européens, cultivons en effet une certaine idée de l’espace comme un regard décentrant sur le monde et sur la condition humaine, comme un bien commun qui doit être utile à tous. Nous, Européens, croyons davantage à l’exploration, à la connaissance, et donc à des vols habités de long terme plutôt qu’à la marchandisation de l’espace ».

Alors, quand la Station spatiale internationale (ISS) chère à Thomas Pesquet sera « débranchée » en 2030, l’Europe devra-t-elle choisir de poursuivre seule l’exploration vers la Lune puis Mars ? Par des vols habités ou bien robotisés ? Et à quel prix ? A Toulouse, les Etats membres et l’Agence spatiale européenne (ESA) ont décidé de nommer « un comité d’experts » pour trancher ces questions, à la fois fondamentales et de prestige.