Ariane 5 et le télescope spatial James Webb sur le pas de tir

ESPACE Si tout va bien, le décollage est prévu samedi à partir de 13h20, mais il faudra attendre plusieurs semaines pour que le successeur d'Hubble termine de déployer

20 Minutes avec AFP
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La fusée Ariane 5, embarquant le télescope spatial James Webb, sur le pas de tir à Kourou, en Guyane, le 23 décembre 2021, pour un décollage prévu le 25 décembre.
La fusée Ariane 5, embarquant le télescope spatial James Webb, sur le pas de tir à Kourou, en Guyane, le 23 décembre 2021, pour un décollage prévu le 25 décembre. — Bill Ingalls/AP/SIPA

Des milliers d’astronomes retiennent leur souffle. La fusée Ariane 5, qui emportera le télescope spatial James Webb (JWST), est arrivée jeudi sur son pas de tir du Centre spatial guyanais, pour un lancement prévu samedi matin. C’était la dernière étape majeure à franchir avant le décollage prévu à partir de 13h20 (heure de Paris). Le JWST sera alors l’instrument d’observation du cosmos le plus perfectionné à être mis dans l’espace. Il sera chargé de remonter aux origines de l’Univers et d’explorer des planètes extrasolaires semblables à la Terre.

Après plusieurs jours d’intempéries ayant provoqué un report des opérations finales, les portes coulissantes du hangar d’assemblage final se sont levées sous le soleil. Pour dévoiler la fusée, posée sur sa « table », une énorme plateforme d’acier, aux flancs brunis par les feux de précédents lancements.

480 tonnes de poudre

Jusque la soutenu par des vérins, le tout a été posé sur des boggies de chemin de fer, pour emprunter les 2,8 km de double voie ferrée l’amenant jusqu’à sa position au pas de tir. Un camion, lesté de 14 tonnes pour assurer l’adhérence de ses roues, s’est alors attelé à la tâche de tracter le tout, pesant 1.500 tonnes, à la vitesse d’un homme au pas, pendant environ une heure. Et sous la pluie, qui n’a pu s’empêcher de revenir.

A ce stade, la fusée ne peut encore décoller, mais peut déjà se transformer en feu d’artifice. « Merci de mettre vos téléphones portables en mode avion », pour éviter tout impair, avertit Bruno Gérard, directeur Arianespace Guyane, au pied de l’engin.

La fusée est en effet déjà munie de ses deux propulseurs d’appoint, de longs tubes fixés au corps principal, contenant au total 480 tonnes de poudre, et fournissant 90 % de la poussée nécessaire à Ariane 5 pour s’arracher à l’attraction terrestre.

Une fois arrivée à son pas de tir, la fusée sera remplie, environ 4h30 avant l’heure H, de ses deux ergols, de l’hydrogène et de l’oxygène liquides, dont le mélange démarrera la combustion du moteur principal.

Machine à remonter dans le temps

Cet « observatoire généraliste », sans égal en taille et en complexité, est doté d’un immense miroir, composé de 18 segments hexagonaux, mesurant 6,5 mètres de diamètre soit près de trois fois celui de Hubble. Il est si grand qu’il a fallu le plier pour tenir dans la coiffe de la fusée, tel un origami. Une fois dans l’espace, l’enjeu sera de déployer pleinement son miroir et son pare-soleil, grand comme un court de tennis, avant de calibrer ses quatre instruments.

Le « monstre » sera placé en orbite autour du Soleil, à 1,5 million de kilomètres de la Terre, bien au-delà des limites de son grand frère, qui opère à 600 km d’altitude depuis 1990.

Minutieusement choisie, cette destination appelée point de Lagrange 2, lui assure une position « avec la Terre, le Soleil et la Lune tous du même côté de son pare-soleil, ce qui le place dans l’obscurité et dans un très grand froid », a expliqué Pierre Ferruit. Il pourra ainsi travailler à l’abri des perturbations, condition indispensable à son acuité visuelle, déployée dans le domaine de l’infrarouge : une longueur d’ondes invisible à l’oeil nu que Hubble ne pouvait voir.

Là où Hubble a pu observer l’Univers jusqu’à 500 millions d’années après le Big Bang, son successeur peut espérer remonter jusqu’à 200 millions d’années « seulement » après l’explosion qui fit naître l’Univers, il y a 13,8 milliards d’années. Un écart immense pour comprendre cette mystérieuse période où l’Univers sortait tout juste de ses âges sombres.