On sait enfin quelle zone du cerveau s’active quand le clitoris est stimulé

NEUROLOGIE « La façon dont les organes génitaux féminins sont représentés dans le cortex somato-sensoriel humain est complètement sous-étudiée », selon Christine Heim, coautrice de l’étude

20 Minutes avec agences
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Un clitoris réalisé en 3D. (illustration)
Un clitoris réalisé en 3D. (illustration) — Vimeo/Marie Docher

Pour la première fois, des chercheurs ont pu définir le lieu précis de la représentation du clitoris dans le cerveau des femmes. L’étude publiée ce lundi dans JNeurosci montre que cette aire, activée quand  le clitoris est stimulé, est plus étendue chez les femmes ayant davantage de rapports sexuels.

Quand une partie du corps est touchée, une activité neuronale se déclenche dans le cortex somato-sensoriel. Chaque partie du corps correspond à une aire du cerveau, y formant une sorte de carte corporelle. Jusqu’ici, l’endroit précis dédié aux organes génitaux féminins restait sujet à débat.



Un espoir pour les victimes de violences sexuelles

De précédentes études le plaçaient sous la représentation du pied, d’autres près de celle de la hanche. En 2005, le lieu précis de la représentation du sexe masculin a été identifié, mais on ignorait toujours l’équivalent féminin. L’étude conclut que chez les femmes comme chez les hommes, la représentation des parties génitales est bien située près de celle de la hanche.

Les travaux ont été réalisés en stimulant le clitoris de 20 femmes tout en faisant une IRM de leur cerveau. On ignore pour l’instant si la taille de l’aire a un lien avec les sensations, et si c’est cette taille qui pousse à plus de rapports sexuels ou l’inverse. Mais l’étude pourrait aider à développer de meilleurs traitements pour les victimes de violences sexuelles ou souffrant de troubles sexuels.

« La façon dont les organes génitaux féminins sont représentés dans le cortex somato-sensoriel humain est complètement sous-étudiée, déplore Christine Heim, professeure de psychologie médicale à Berlin et coautrice de l’étude. Ce manque de connaissance a freiné la recherche à la fois sur les comportements sexuels standards, mais aussi sur des conditions pathologiques. »

Une surface variable en fonction du vécu

Les 20 femmes ont aussi été interrogées sur la fréquence de leurs rapports ces 12 derniers mois ainsi que sur le début de leur vie sexuelle. « Nous avons trouvé un lien entre l’épaisseur de l’aire génitale et la fréquence des rapports [sur un an], explique Christine Heim. Plus il y avait de rapports sexuels, plus l’aire était épaisse. »

La plasticité du cerveau est connue : certaines parties se développent à mesure qu’une fonction est utilisée. Christime Heim avait déjà démontré en 2013 que les victimes de violences sexuelles présentaient une aire génitale réduite et avait supposé qu’il pourrait s’agir de « la réponse du cerveau afin de limiter l’effet nocif de l’abus ».

D’autres études sont nécessaires pour vérifier cette hypothèse. À l’avenir, le but est de développer des moyens d’aider des patients : la chercheuse souhaite étudier si certains troubles sexuels sont liés à des altérations de l’aire génitale. Des thérapies visant à « entraîner » cette aire pourraient alors, peut-être, être envisagées.