Bordeaux : Avec son traitement contre Parkinson, TreeFrog Therapeutics montre que la thérapie cellulaire n’est plus de la science-fiction

BIOTECHNOLOGIE Après une levée de fonds de 64 millions d’euros à la rentrée dernière, la start-up de Pessac (Gironde) TreeFrog Therapeutics espère un premier essai clinique en 2024 pour son traitement contre Parkinson

Mickaël Bosredon
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Un bioréacteur de la start-up TreeFrog Therapeutics, spécialisée dans la thérapie cellulaire.
Un bioréacteur de la start-up TreeFrog Therapeutics, spécialisée dans la thérapie cellulaire. — Treefrog Therapeutics
  • TreeFrog Therapeutics est désormais la plus grande start-up de biotechnologies de Nouvelle-Aquitaine.
  • Spécialisée dans la thérapie cellulaire, qui consiste, à partir de cellules souches, à reproduire des cellules pour les greffer dans le corps, l’entreprise travaille sur un traitement contre Parkinson.
  • En s’appuyant sur sa plateforme de production basée à Pessac, TreeFrog veut désormais faire émerger une filière industrielle française des thérapies cellulaires.

C’est certainement la révélation de l’année 2021. Alors qu’elle fête ses trois ans d’existence en cette fin d’année, la start-up de Pessac (Gironde) TreeFrog Therapeutics sera au cœur des échanges, mardi, à l’occasion de la huitième édition d’Innovaday. Organisé par l’incubateur de start-up Bordeaux Unitec, l’événement va en effet revenir sur les succès d’entreprises les plus retentissants de l’année.

Incubée par Bordeaux Unitec et accompagnée par l’université de Bordeaux, TreeFrog Therapeutics, créée en novembre 2018, est désormais la plus grande start-up de biotechnologies de Nouvelle-Aquitaine. En trois ans, elle est passée de cinq à soixante-dix salariés, et à la rentrée dernière, elle a réalisé la plus belle levée de fonds de l’année dans la région, avec 64 millions d’euros.

Kévin Alessandri, physicien, est l’un des trois cofondateurs de TreeFrog. Il s’apprête à partir à Boston, pour y implanter une antenne de la start-up girondine, qui a désormais besoin de visibilité internationale pour continuer à se développer. « Avec le Covid, analyse-t-il, il s’est opéré un changement de perception sur les avancées au niveau de la santé, et il y a eu cette année des financements à des niveaux que nous n’avions jamais atteints jusqu’ici dans le domaine de la thérapie cellulaire. »

Complexité de la production en masse

La thérapie cellulaire consiste, à partir de cellules souches, à reproduire des cellules pour les greffer dans le corps afin de restaurer la fonction d’un tissu ou d’un organe. Elle n’est pas nouvelle, « la première thérapie cellulaire que tout le monde connaît, c’est la transfusion sanguine », rappelle Kévin Alessandri. « Mais on sait faire des choses de plus en plus complexes, par exemple dans le cas de Parkinson où ce sont des neurones qui meurent. » Même si les avancées dans le domaine se font avec plus ou moins de succès, cette thérapie a également connu récemment des avancées notables dans le traitement du diabète.

« On réintègre dans le corps des cellules vivantes pour le traitement de ces maladies, on ne parle donc plus de médicaments, de pilules ou de molécules », poursuit Kévin Alessandri. Problème : la technologie se heurte à la complexité de la production en masse, c’est-à-dire par milliards, et en qualité, de ces « cellules-médicaments ». « C’est là où on intervient, » sourit le physicien. TreeFrog a en effet développé une technologie, C-Stem, qui permet « d’encapsuler » les cellules, c’est-à-dire de les protéger durant leur phase de reproduction, à un moment où elles sont extrêmement fragiles.

Réduire les coûts

« On a mis au point un procédé pour fabriquer des coques de la taille d’un cheveu autour de ces cellules vivantes, explique le cofondateur de la start-up. Pour cela, nous nous sommes servis de technologies existantes dans la microfabrication de processeurs, qu’on a transférées en biologie. Une fois encapsulées, on entre les cellules dans un bioréacteur où on les amplifie, puis on les différencie dans le type cellulaire voulu. En quatre semaines, on passe ainsi de dix cellules à 5.000, puis on les différencie en neurones pour Parkinson, et on obtient des microtissus de neurones. C’est comme le processus naturel. »

Avec cette technologie de rupture, l’entreprise prévoit de produire des lots de plusieurs milliards de cellules thérapeutiques à coût réduit et dans un format « microtissu » qui facilite la prise de greffe. « Encapsuler les cellules permet d’augmenter le rendement d’un facteur cinq ou dix, ce qui nous permet d’abaisser les coûts tout en augmentant la qualité, insiste Kévin Alessandri. Pour l’hépatite C, on avait vu un produit sortir à 350.000 euros par patient, c’est trop élevé, on ne sera pas dans ces niveaux-là pour soigner un malade de Parkinson. »

« Ni de la magie, ni du transhumanisme »

Pour la maladie de Parkinson, sur laquelle travaille en priorité la start-up, TreeFrog espère réaliser « des premiers essais cliniques en 2024, afin de sortir un produit commercial en 2028-2029. » Kévin Alessandri prévient toutefois que « la thérapie cellulaire n’est ni de la magie, ni du transhumanisme, cela reste de la médecine. L’objectif, pour le moment, est de ralentir l’arrivée des symptômes de Parkinson, ce qui est déjà un vrai changement pour une maladie qui n’en a pas vu beaucoup depuis longtemps. On ne répare pas un cerveau cassé, mais on lui apporte une aide pour que la dégénération arrive plus lentement. »

Avec sa plateforme de production basée à Pessac, qui va continuer de croître, TreeFrog veut désormais faire émerger une filière industrielle française des thérapies cellulaires. « Quand on parle de réindustrialiser en France dans le domaine de la santé, on parle de ce genre de technologies, poursuit Kévin Alessandri. C’est là où la majorité du chiffre d’affaires se fera d’ici une vingtaine d’années, au sein d’une industrie pharmaceutique qui est en train de se renouveler entièrement. » Si la thérapie cellulaire n’est pas de la magie, ce n’est plus, non plus, de la science-fiction.