Toulouse : Depuis leurs baignoires, elles préparent les futurs vols des femmes astronautes

ESPACE Depuis le mois de septembre, une vingtaine de volontaires participe à une étude en immersions sèche dans des baignoires de la clinique spatiale de Toulouse, afin de mieux connaitre l'impact de l'impesanteur

Béatrice Colin
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Tania, l'une des volontaires de l'immersion sèche menée par la clinique spatiale de Toulouse.
Tania, l'une des volontaires de l'immersion sèche menée par la clinique spatiale de Toulouse. — MEDES
  • Depuis septembre, et jusqu’à la semaine prochaine, 18 femmes participent à une étude de simulation de l’impesanteur à la clinique spatiale au CHU de Toulouse.
  • Plongées dans des baignoires, sans contact avec l’eau, elles subissent une batterie de tests pour connaître les effets des vols spatiaux sur le corps des astronautes.
  • Un moyen d’en apprendre plus sur les conséquences physiques et physiologiques de l’impesanteur sur les femmes, amenées de plus en plus à partir dans l’Espace.

Tania, une jeune femme de 24 ans, a grandi de 3 cm en cinq jours. Cette diplômée de l’Ecole d’ingénieurs aéronautique et spatiale n’a pas pris une pilule miracle de croissance mais a subi en accéléré les effets de l’impesanteur, sans faire un aller-retour dans la Station spatiale internationale. Elle a en réalité passé cinq jours allongée dans une baignoire pour les besoins de la science.

Tania est l’une des 18 volontaires de 20 à 40 ans à avoir participé à la nouvelle étude de simulation de l’impesanteur menée par la clinique spatiale, le MEDES, au CHU de Toulouse, pour le compte de l’Agence spatiale européenne. Démarrée en septembre, elle va se poursuivre jusqu’au 10 décembre, date à laquelle les deux dernières femmes retourneront à leur vie après une expérience inédite en Europe.


Si des hommes avaient déjà mis à disposition leur corps pour mieux connaître les effets de l’impesanteur et leurs conséquences sur la santé des astronautes, c’est la première fois que des femmes sont plongées dans des baignoires, isolées de l’eau, sans appui, mais dans une situation comparable à celle de la microgravité réelle.

Pas beaucoup de données sur les femmes

Après une batterie de tests réalisés durant quatre jours, elles passent cinq jours dans la même position, avant d’être examinées à nouveau durant deux jours. « Nous n’avons pas beaucoup de données sur les effets sur les femmes alors que les équipages se féminisent et que les Etats-Unis ont annoncé que pour le prochain voyage pour la Lune il y aurait autant d’hommes que de femmes », explique le docteur Marie-Pierre Bareille, responsable de ce programme au sein de la clinique spatiale.

Grâce aux précédentes campagnes menées sur les hommes, on savait que cette plongée express et intense dans la peau d’un astronaute avait des conséquences importantes sur la physiologie du volontaire, notamment une baisse du volume du sang dans la circulation sanguine ou encore un déconditionnement cardiaque avec « des effets marqués ». Cela devrait permettre d’en apprendre un peu plus sur l’hypotension orthostatique, cette diminution de la tension artérielle, à laquelle les femmes astronautes sont plus sujettes que les hommes. Comme ce fut le cas pour Stefany Shyn-Piper qui s’était évanouie à deux reprises devant les caméras lors de son retour sur Terre.

« Cela m’a appris plein de choses sur le plan médical »

Dans l’espace les fluides corporels sont concentrés vers la partie supérieure du corps et lors du retour sur le plancher des vaches, le sang reflux vers les jambes, le cerveau moins irrigué fait alors des siennes. « On a la tête qui tourne et une sensation physique au niveau des pieds, des picotements et des jambes un peu faibles. Mais ça revient vite. La seule chose qui manque au bout de deux jours, c’est au niveau cardio, lorsque je monte les escaliers je suis un peu essoufflée », témoignait Tania, dimanche, au lendemain de sa sortie de la baignoire.

Si elle ne va donc pas ressortir grandie physiquement de son expérience dans le sens, une fois debout elle a rapidement perdu ses 3 cm gagnés, elle s’est indéniablement enrichie. « J’appartiens à l’association Space generation advisory council, qui regroupe les jeunes qui œuvrent dans le spatial, et dont un des objectifs est d’aborder la diversité et l’égalité de genre dans le spatial. En participant, c’était le moyen d’y contribuer parce qu’on se rend compte du besoin d’avoir plus de données sur les femmes. Et puis c’est un challenge personnel, cela m’a appris plein de choses sur le plan médical, je ne me suis pas ennuyée mais c’était loin d’être des vacances », sourit la jeune femme qui commence cette semaine sa carrière professionnelle dans l’ingénierie systèmes au sein de Thales Alenia Space à Turin.

Un Bedrest en 2023

Elle aura d’ici quelques mois les résultats de l’étude à laquelle elle a participé. Et connaîtra les effets de cette immersion au niveau cardiaque, musculaire ou encore sur sa vue, la pression intracrânienne jouant peut-être un rôle sur l’épaisseur de la gaine optique, tout en apportant sa pierre aux connaissances sur les conséquences de la sédentarité des êtres humains en général.

« Notre objectif est de pouvoir contrer ces effets en mettant en place des contremesures que nous pourrons tester lors d’un prochain Bedrest long, et voir si c’est efficace », explique Marie-Pierre Bareille. L’une de ces prochaines études, qui consistent à laisser des volontaires allongés durant soixante jours sur un lit incliné à 6° la tête vers le bas, devrait avoir lieu en 2023 et intégrera autant d’hommes que de femmes. Elle devrait permettre de tester la gravité artificielle associée à de l’exercice physique, un moyen de contrer les effets néfastes de l’impesanteur.