Coronavirus à Marseille : Et si les maths pouvaient aider à détecter les clusters ?

INNOVATION Deux chercheurs marseillais ont mis au point des algorithmes utilisés par les marins-pompiers pour identifier le plus précisément possible les clusters de Covid-19

Mathilde Ceilles
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Des marins-pompiers relèvent les eaux usées
Des marins-pompiers relèvent les eaux usées — Christophe SIMON / AFP
  • Un partenariat inédit lie le CNRS et les marins-pompiers de Marseille afin d’avoir une détection plus fine des clusters.
  • Les chercheurs ont mis au point un outil, fondés sur une série de calculs, afin de tracer jusqu’à leur source les traces de Sars-COV-2 dans les eaux usées.

Pour vous, les maths, c’est synonyme de sueurs froides ? Pour les marins-pompiers de Marseille, depuis quelques mois, c’est devenu une véritable arme pour lutter contre l’épidémie de coronavirus dans la cité phocéenne. 20 Minutes fait le point sur cette innovation porteuse d’espoir.

Comment les marins-pompiers surveillaient-ils l’épidémie de coronavirus jusqu’ici ?

Les marins-pompiers de Marseille ont été parmi les premiers de France à procéder à la surveillance des eaux usées, afin d’y repérer les traces de Covid-19. « Nous procédons chaque lundi à des relevés dans 37 secteurs, sur des zones déterminées », rappelle le maître principal Eric, responsable prélèvement au sein de la cellule Comète du bataillon des marins-pompiers. A partir de ces relevés, le bataillon des marins-pompiers de Marseille ont une idée de la circulation du virus, mais à l’échelle d’un quartier seulement.

Qu’est-ce que ce nouvel outil ?

Depuis cet été, dans le cadre d’un partenariat avec le CNRS, les marins-pompiers utilisent les algorithmes mis aux points par deux chercheurs de l’UMR Espace d’Aix-en-Provence, Régis Darques et Eric Carroll, qui ont eu l’idée de croiser des données différentes, fournies par l’IGN, l’Insee ou encore des collectivités territoriales comme la ville de Marseille ou la métropole.

« Le résultat du traitement de ces données statistiques, démographiques ou encore topographiques est couplé aux résultats des analyses d’eaux usées effectuées par les marins-pompiers, détaille Régis Darques. Nous travaillons depuis un an et demi sur ce procédé qui permet de tracer n’importe quel composé biochimique à travers un réseau souterrain, jusqu’à sa source d’émission, via des analyses géographiques fondées sur la théorie des graphes et l’analyse du réseau. On est capable, à partir de cette analyse, de remonter les effluents jusqu’aux bâtiments où ont été émises les traces de SARS-CoV-2 dans les eaux usées, et de cartographier le tout très précisément. »

Qu’est-ce que ça change ?

Une fois les données analysées, les marins-pompiers reçoivent de la part du CNRS des consignes sur les regards à inspecter une seconde puis, une troisième fois, jusqu’à être en mesure de déterminer avec une grande précision géographique quel groupe d’immeubles, au sein d’un quartier, semble abriter un cluster de coronavirus. « C’est comme un système de loupes grossissantes », illustre le maître principal Eric.

Et la méthode, expérimentée dans le quartier de la Vieille-Chapelle, dans le huitième arrondissement de Marseille les 16 et 17 novembre dernier, semble porter ses fruits. Dans ce secteur où, au moment des prélèvements, le niveau global de circulation du virus était relativement faible, deux zones de circulation plus active ont été identifiées par les marins-pompiers. Une arme supplémentaire alors que, selon les derniers relevés du bataillon, la circulation du Covid-19 s’est nettement renforcée cette semaine à Marseille.