Mission Dart : « Une explosion nucléaire ne serait utilisée qu’en dernier recours pour dévier un astéroïde », explique l’astrophysicien Patrick Michel

INTERVIEW Le scientifique azuréen est le responsable de la coopération entre ce projet de la Nasa qui vise à changer la trajectoire d’un objet céleste grâce à un satellite et la mission européenne Hera, qui analysera les résultats

Propos recueillis par Fabien Binacchi
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Le satellite de Dart doit percuter la lune de Didymos à plus de 22.000 km/h
Le satellite de Dart doit percuter la lune de Didymos à plus de 22.000 km/h — NASA/John Hopkins University/Cov
L'astrophysicien Patrick Michel

La fenêtre de tir de la mission Dart est large, juste au cas où : les ingénieurs de la Nasa auront 84 jours, jusqu’en février 2022, pour la faire décoller. Mais si la météo le permet (et que toutes les planètes de l’exploration spatiale sont alignées), le lanceur Falcon 9 de SpaceX s’envolera dans le ciel de la Californie à 7h20 mercredi, selon l’heure de Paris. Et Patrick Michel sera aux premières loges.

L’astrophysicien français, de l’Observatoire de la Côte d’Azur, est le responsable de la coopération entre ce projet qui vise à dévier un astéroïde et la mission européenne Hera, qui analysera les résultats. « Je vais coordonner le soutien scientifique », explique-t-il depuis San Francisco où il a pris le temps de répondre aux questions de 20 Minutes.

A quoi faut-il arriver pour que la mission Dart soit un succès ?

Au début du printemps 2022, le satellite doit venir percuter Dimorphos, la lune de l’astéroïde Didymos, pour faire changer sa trajectoire. On parle d’un impacteur cinétique de 560 kg qui va frapper un objet de 160 m de diamètre à plus de 6 km/s [soit près de 22.000 km/h] à 15 millions de kilomètres de la Terre. On espère réduire son temps de révolution autour de Didymos. Mais l’effet est difficile à prévoir entièrement. Des données seront disponibles rapidement, et la mission Hera, en 2026, enverra une sonde autour de Dydimos pour observer plus en détail tout ce qui se sera passé.

A quoi cela va-t-il servir ?

A apprendre à se protéger des astéroïdes qui pourraient, un jour, croiser notre orbite. C’est un projet de défense planétaire. Même s’il n’y a aucune menace connue pour le siècle à venir, le but est de s’y préparer. Et ce n’est pas comme dans les films hollywoodiens où seul le président américain prend les choses en main. On est ici vraiment dans le cas d’un projet international. Il est même né en Europe et notamment en France. La Nasa et l’Esa (Agence spatiale européenne) sont impliquées mais il y a aussi le Japon. Ils ont fourni un des instruments de Hera. Il n’y a pas d’autorité mondiale pour cette défense planétaire. Avec ces missions, on ne fait que fournir des plans pour savoir réagir.

Dans les films hollywoodiens justement, il est plus souvent question d’explosion nucléaire pour se débarrasser de la menace d’une collision…

Ce n’est pas une solution écartée. Mais ce ne serait qu’en dernier recours. Uniquement si on ne l’a pas vu arriver et qu’il ne reste que peu de temps. L’impacteur cinétique, comme celui de Dart, c’est la méthode douce, quand on aura eu le temps de se préparer.