Qu’est-ce que c’est que cette histoire de nuage de débris, de missile russe et d’ISS ?

SPATIAL Un nuage de débris spatiaux, causé par un missile russe, a menacé la Station spatiale internationale dans la nuit de ce mardi

Jean-Loup Delmas
— 
Espace: Un tir de missile russe «irresponsable» met en danger l'ISS — 20 Minutes
  • Les agences spatiales ont redouté un impact entre des débris spatiaux et l’ISS dans la nuit de ce mardi.
  • L’explosion d’un vieux satellite par un missile russe aurait causé ce « presque incident ».
  • Si le pire a été évité, ce scénario relance le débat autour du nombre de débris dans l’espace.

Panique à bord de la Station spatiale internationale (ISS). Un nuage de débris a failli menacer la construction la plus chère de l’humanité, ainsi que ses sept membres d’équipage dans la nuit de lundi à ce mardi. Face au danger, les astronautes ont été contraints de se réfugier dans leur vaisseau, afin de pouvoir évacuer en cas de collisions trop importantes.

Tout semble être rentré dans l’ordre alors qu’aucun impact n’a pour le moment été recensé. 20 Minutes fait le point sur cette histoire.

D’où vient ce nuage de débris ?

Les Etats-Unis ont accusé lundi la Russie d’avoir mené un tir de missile antisatellite « dangereux et irresponsable », qui aurait causé le nuage de débris. « Ce test a jusqu’ici généré plus de 1.500 de débris orbitaux traçables, et va probablement générer des centaines de milliers de morceaux plus petits de débris orbitaux », a déclaré le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken dans un communiqué.

« Je suis scandalisé par cette action irresponsable et déstabilisatrice », a ajouté le patron de l’agence spatiale américaine, Bill Nelson. « L’orbite de l’objet, qui a forcé l’équipage à se rendre aujourd’hui dans le vaisseau selon les procédures standards, s’est éloignée de l’orbite de l’ISS, a tweeté de son côté l’agence spatiale russe Roscosmos. La station est désormais dans le vert. »

La trajectoire de ces débris n’a jamais menacé directement l’ISS, précise Olivier Sanguy, médiateur scientifique de la Cité de l’espace à Toulouse, que 20 Minutes a interrogé. Mais leurs orbites entraient dans les marges de sécurité de la station internationale. « La fermeture des écoutilles de l’ISS ou la mise en place des astronautes dans leur vaisseau étaient davantage de la prudence », précise l’expert.

Ce n’est pas la première fois qu’un test de missile pour détruire un satellite est réalisé. La Russie l’avait déjà fait auparavant, tout comme l’Inde, la Chine et les Etats-Unis. L’intérêt est de pouvoir en cas de conflit détruire des satellites adverses, devenus indispensables pour les télécommunications, notamment militaires. La manœuvre est toutefois vivement critiquée, notamment en raison du nombre de débris sauvages qu’elle suscite.

« Normalement, il n’aurait pas fallu réaliser un tel test si près de l’ISS, appuie Olivier Sanguy. Il faut toutefois noter que c’est l’agence militaire russe, et non l’agence spatiale, qui s’en est chargée. La manœuvre étant militaire et pouvant être considérée comme secret-défense, il n’y avait aucune obligation dans l’absolu à prévenir la Station spatiale internationale. »

Les débris peuvent-ils réellement être dangereux pour l’ISS ?

Absolument. Bien sûr, la Station spatiale internationale dispose de blindage épais, mais comme le rappelle Olivier Sanguy, elle tourne autour de la terre à une vitesse de 28.000 km/h. A une telle vitesse, un impact, malgré un blindage conséquent, peut faire mal. « Il ne s’agit pas d’une question de taille de débris, mais de vitesse relative. Un peu comme une balle. Lancée à la main sur quelqu’un, elle est bien trop petite pour faire mal. Tirée par un fusil, elle arrive à une telle vitesse qu’elle peut tuer », décrit Olivier Sanguy.

Dans un rapport de la Nasa de 2007, l’agence spatiale américaine estimait que « le risque de pénétration d’un débris micrométéoroïde ou orbital dans l’ISS dans sa configuration en assemblage complet est de 55 % avec un risque de 9 % d’un résultat catastrophique sur une période de 10 ans. » Les débris se sont en plus accumulés après cette période, élevant encore le risque.

Pour contrer ces risques, l’ISS peut faire des manœuvres d’évitement, notamment grâce à des propulseurs. « Cela demande néanmoins une anticipation importante et d’avoir vu les débris venir. On ne peut pas détourner l’ISS de son orbite comme ça », note Olivier Sanguy.

Les débris spatiaux vont-ils à terme rendre l’espace impraticable ?

A moyen terme, le risque semble plus être un espace moins accessible que réellement impraticable. « La durée de vie des satellites pourrait fortement diminuer en raison de la probabilité plus importante de rencontrer des débris spatiaux », estime Olivier Sanguy. Pour le moment, un satellite en orbite basse a une durée de vie estimée entre 10 et 15 ans, et devient hors service plus en raison de pannes liées à l’environnement hostile de l’espace. Une trop grande accumulation des débris spatiaux pourrait faire baisser la durée de vie des satellites à moins de 10 ans, « rendant plus cher et coûteux les différentes opérations spatiales en raison du nombre plus important de satellites nécessaires », conclut le médiateur scientifique.

Les différentes agences spatiales, bien conscientes du problème et de son potentiel impact économique, commencent à proposer des chartes de bonne conduite : s’arranger pour que les vieux satellites atteignent l’atmosphère afin de s’y consumer, laisser moins de débris spatiaux lors de l’envoi des fusées, etc.… Pour le moment, il n’existe néanmoins aucun texte réellement contraignant à ce sujet, plus un guide des bonnes pratiques à encourager.