Espace : Que retenir de la mission de Thomas Pesquet à bord de l’ISS ?

RETOUR Après six mois dans l’espace, l’astronaute français Thomas Pesquet va mettre plusieurs heures à revenir sur Terre avant d’enchaîner les expériences

X. R.
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Thomas Pesquet retrouvera bientôt une pesanteur normale.
Thomas Pesquet retrouvera bientôt une pesanteur normale. — /SIPA
  • L’astronaute français Thomas Pesquet rentre sur Terre mardi après six mois passés dans l’ISS et un retour repoussé plusieurs fois.
  • Il y a participé à près de 200 expériences, dont l’une portant sur la mesure du sommeil avant, pendant et après un séjour dans l’espace.
  • Sa prochaine mission n’est pas connue et pourrait se dérouler dans plusieurs années, à condition qu’il soit sélectionné par l’ESA.

On s’est régalé de ses photos prises depuis l’espace, on a crié cocorico quand il est devenu commandant de bord de l’ISS, mais ça y est :  Thomas Pesquet va revenir sur Terre. L’astronaute français doit amerrir mardi au large du Mexique, après plus de six mois passés dans l’espace et un retour plusieurs fois retardé. Que retenir de son passage là-haut, et quelles suites pour lui ? 20 Minutes fait le point.

Quel bilan de ses six mois à bord de l’ISS ?

« Mission accomplie », résume Rémi Canton, le chef de projet de la mission Alpha au CNES. Thomas Pesquet est monté avec le matériel nécessaire pour mener 12 expériences et pu commencer à les mener à bien. Il a ainsi pu « valider le bandeau du sommeil comme outil de mesure » pour récolter des données sur le sommeil dans l’espace, et a installé un dosimètre à radiations. Autres expériences tentées par le Normand, celle de la lévitation acoustique, consistant à saisir et déplacer des objets sans les toucher, et une expérience de neurosciences sur le pilotage à distance, où il a pu ajuster certains paramètres.

« Mais la science se fait sur le temps long, les astronautes des missions suivantes prendront le relais ». Thomas Pesquet a d’ailleurs participé à 200 expériences environ, dont certaines lancées à bord de son premier passage à bord de l’ISS. Il a également participé à un programme pédagogique « dans 4.500 écoles, touchant 100.000 élèves », l’idée étant de profiter de la notoriété de l’astronaute pour amener la science dans les établissements « mais aussi susciter des vocations », explique Rémi Canton.

Pourquoi son retour sur Terre a-t-il été retardé ?

« Dans le scénario nominal, l’équipe de relève doit arriver trois jours avant », précise Rémi Canton. Mais pour des raisons météorologiques, puis en raison d’un « léger soucis médical sur un membre de l’équipage », le lancement de la capsule Crew 3 a été retardé. Problème, « la date de fin de certification du véhicule de retour » de Thomas Pesquet approchait. La décision a donc été prise de le faire revenir avant qu’il ne soit remplacé, entre autres, par l’Allemand Matthias Maurer.

Ce retour anticipé a lui aussi été retardé. Prévu lundi vers 13h heure française, les services météorologiques ont prévu de forts vents de houle dans le golfe du Mexique, où doit amerrir la capsule. L’ESA a donc annoncé un report de quelques heures. Thomas Pesquet quittera finalement l’ISS lundi à 20h05. Il mettra environ 8h30 à parcourir les 400km qui le séparent du sol, la capsule continuant de tourner autour de la Terre « pour s’aligner sur le point d’arrivée » détaille Rémi Canton. Il faut au moins cela pour freiner progressivement, passant « de 28.000km/h à 0 », grâce aux frottements de l’atmosphère. « La température autour de la capsule va dépasser les 1000°C, c’est pour ça qu’il y a un bouclier thermique. » L’astronaute verra les flammes depuis son hublot et perdra la communication avec le sol une dizaine de minutes, avant que les parachutes ne se déclenchent pour la phase finale.

Quelle est la suite du programme pour Thomas Pesquet ?

L’astronaute sera immédiatement pris en charge sur le plan médical, avec des prises de sang. Puis il rejoindra le centre européen des astronautes à Cologne pour subir d’autres expériences pendant trois semaines. « Il y a un suivi médical mais il doit aussi refaire au sol toutes les expériences faites dans l’ espace, pour avoir un point de mesure », développe Rémi Canton. L’objectif est notamment d’évaluer comment le corps humain se réadapte après un séjour dans l’espace. Ainsi, Thomas Pesquet va « dormir encore 3 nuits avec le bandeau du sommeil, pour voir s’il récupère son sommeil de terrien » mesuré avant la mission.

A plus long terme, l’astronaute va continuer à travailler pour l’ESA en tant qu’ingénieur au sol. « On passe la majorité de sa carrière au sol, et on ne s’entraîne pour les vols qu’une fois qu’on est sélectionné pour une mission », rappelle le chef de projet. Aucun autre vol n’est donc à l’ordre du jour pour Thomas Pesquet, même s’il est encore assez jeune pour retourner dans l’espace. D’ici quelques années, il pourrait même figurer parmi les candidats pour Gateway, la station orbitale autour de la Lune, où l’ESA a négocié 3 places. « Il est expérimenté, il a déjà fait des sorties extra-véhiculaires, a été commandant de bord », énumère Rémi Canton. Le CV est bon, mais la décision, en partie politique, ne sera pas prise tout de suite.