Pourquoi la Nasa lance une mission de déviation d'un astéroïde

ESPACE La Nasa a annoncé le lancement d’une « mission de défense planétaire » en envoyant, dans le cadre d'un exercice, un satellite s’écraser sur un astéroïde pour le faire dévier de sa trajectoire.

X. R.
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Didymos et Dimorphos, cibles de l'expérience de la Nasa.
Didymos et Dimorphos, cibles de l'expérience de la Nasa. — AFP
  • La Nasa a annoncé le lancement d’une « mission de défense planétaire » en envoyant un satellite s’écraser sur un astéroïde pour le faire dévier de sa trajectoire.
  • Il s’agit du premier essai réel de cette technique, même si aucun astéroïde ne menace la Terre actuellement.
  • Une mission européenne, baptisée HERA, doit ensuite aller mesurer l’efficacité de la technique.

EDIT du 24 novembre : Alors que la Nasa a fait décoller dans la nuit de mardi à mercredi sa Mission Dart, 20 Minutes vous propose cet article daté du 5 novembre, expliquant pourquoi l’agence espère modifier la trajectoire d’un astéroïde à l’aide d’un vaisseau projeté à 24.000 km/h.

Quand on a lu les mots « mission de défense planétaire » et « s’écraser volontairement sur un astéroïde » pour le faire dévier de sa trajectoire, on a tout de suite eu les yeux qui ont brillé. Avec, dans un coin de la tête, l’image de Bruce Willis et Ben Affleck dans Armageddon, prêts à sacrifier leur vie pour sauver la Terre. Evidemment, la réalité est un peu moins sexy, personne ne va partir pour l’espace cinq minutes après avoir mangé son croissant et revenir le soir même.

20 Minutes vous dit tout sur la Mission Dart, l’expérience de la Nasa censée aider l’humanité à se protéger d’une potentielle collision avec un astéroïde. Un test « historique » qui verra « pour la première fois, l’humanité changer le mouvement d’un corps céleste naturel dans l’espace », selon les mots Tom Statler, scientifique de la Nasa participant à cette répétition générale.

Apprendre à écarter un éventuel danger

D’abord, aucun astéroïde massif ne se dirige vers nous pour éradiquer toute vie à la surface de la Terre, qu’on se le dise. Même parmi « les 2300 objets potentiellement dangereux identifiés, aucun ayant une taille supérieure à 140 m n’a une probabilité supérieure à 1 pour 10.000 de nous impacter », rassure Francis Rocard, astrophysicien responsable du programme d’exploration du système solaire au CNES. Le projet mis en œuvre la Nasa est en fait un test, visant à « valider une technique de défense planétaire », au cas où la situation changerait.

En clair, l’agence spatiale américaine va envoyer le satellite DART s’écraser sur Dimorphos, « une sorte de petite lune » de 160 m de diamètre qui gravite autour d’un astéroïde plus gros, Didymos, avec l’objectif d'« estimer à quel point on la fait dévier », explique Patrick Michel, directeur de recherche au CNRS à l’observatoire de la Côte d’Azur. Pour donner une idée, si Dimorphos venait à s’écraser sur Paris, « la ville serait rasée » et la région dévastée, image-t-il. Le lancement de DART doit s’effectuer le 23 novembre à 22h20 à l’heure du Pacifique, pour une collision dix mois plus tard.

Pourquoi une telle cible ? D’abord car « les effets de déviations sont plus faciles à mesurer », pointe Francis Rocard, étant donné que Dimorphos tourne autour de Didymos en seulement 12 heures alors qu’il faudrait attendre une révolution complète (et complexe) de « l’astéroïde principal » autour du Soleil autrement. La mesure se faisant au bout de 100 révolutions, il valait mieux viser la lune.

Mais aussi parce qu'« il vaut mieux perturber un petit caillou autour d’un autre plutôt qu’un gros caillou qui tourne autour du Soleil », synthétise Patrick Michel. Cette expérience est la première du genre, et doit « valider les simulations faites en laboratoire » pour ajouter la collision de satellite à l’arsenal d’armes à disposition (avec l’explosion nucléaire et la traction gravitationnelle, plus lente) pour nous éviter un impact avec un gros astéroïde le jour J. « La bonne nouvelle, c’est qu’aucun scénario ne viendra nous mettre en danger », ajoute-t-il.

Hera, la mission d’après

Alors, forcément, il y a beaucoup d’inconnues, à commencer par la composition de Dimorphos. « Si l’astéroïde est dur, le cratère sera grand et la déviation sera maximale, s’il est « mou » ou constitué d’un tas de gravas, ce sera l’inverse », résume Francis Rocard. Or, cette donnée n’est pas toujours facile à prédire en condition de faible gravité. Pour l’évaluer, la mission HERA, pilotée par l’agence spatiale européenne, arrivera « sur les lieux du crime » en 2026, savoure Patrick Michel, responsable scientifique de l’expédition.

« Ce qu’on cherche à déterminer, c’est la quantité de mouvement transmise », détaille-t-il. Autrement dit, quelle partie de l’énergie dégagée par un satellite de 600 kg fonçant à 6 km/sec peut être transmise à un caillou plus gros que la statue de la Liberté flottant dans l’espace. Si le cratère est grand, et que de la matière a été éjectée vers l’endroit d’où vient DART, alors le satellite aura maximisé son impact. « C’est bien plus révélateur sur l’efficacité de la mission que le changement de vitesse de révolution » de la lune, Dimorphos étant censé tourner dix minutes plus vite autour de Didymos après l’impact.