Montpellier : Comment des chercheurs s’activent pour percer les secrets du paresseux géant

EVOLUTION Les fossiles de cette espèce disparue, découverts en Guyane, vont être minutieusement étudiés par les chercheurs de l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier

Nicolas Bonzom
— 
Des restes des ossements recollés
Des restes des ossements recollés — L. Marivaux
  • A l'Institut des sciences de l'évolution de Montpellier, les chercheurs se passionnent pour les restes d'un squelette fossilisé d'un paresseux géant, retrouvés en Guyane.
  • L'étude des ossements devrait permettre d'en apprendre plus sur cet animal étonnant, disparu il y a environ 12.000 ans, et sur son évolution.
  • Des études de sédiments devraient aussi nous en apprendre plus sur la végétation, à l'époque du paresseux géant, et, peut-être, comprendre pourquoi il a disparu.

A l'Institut des sciences de l'évolution de Montpellier (Isem), les chercheurs se passionnent, depuis peu, pour un animal étonnant, dont l’espèce s’est éteinte il y a environ 12.000 ans : le paresseux géant. Les restes d’un squelette fossilisé, retrouvés il y a quelques mois en Guyane, vont sans doute permettre aux équipes de ce laboratoire spécialisé dans l’évolution, réputé mondialement pour ses travaux, d’en apprendre un peu plus sur cette grosse bête aux allures d’ours.

Mais avant de les étudier, il a d’abord fallu rapatrier en France les fragments de la mandibule, du maxillaire, du radius et de l’humérus découverts par des orpailleurs clandestins, près du fleuve Maroni. Non sans quelques péripéties. Les trouvailles ont été consolidées avec de la colle extra-forte, et « recouvertes d’une denrée rare sur le terrain, lorsque l’on est en autosuffisance… Le papier toilette », sourit le paléontologue montpelliérain Pierre-Olivier Antoine, qui a dirigé l’expédition. « On les a emballées pour éviter les chocs, puis on les a placées dans des petits sacs de congélation. »

« Un travail de longue haleine »

Il a fallu, en revanche, que Pierre-Olivier Antoine explique à l’aéroport, à Cayenne, pourquoi le sac qu’il emportait en cabine était plein d’os. « On est habitué à raconter des histoires à dormir debout… Mais qui sont pourtant vraies ! », sourit le paléontologue, qui a finalement pu mettre les fossiles à l’abri, dans le casier du chef de cabine.

Ces ossements sont aujourd’hui à bon port, à l’Isem, et les travaux ont commencé. « Nous allons travailler sur une page vierge », s’enthousiasme Pierre-Olivier Antoine, tant on sait peu de choses sur cet animal, qui pouvait peser jusqu’à 4 tonnes. « C’est désormais un travail d’assez longue haleine qui attend plusieurs d’entre nous », poursuit le chercheur. Et l’avantage de l’Isem, c’est qu’il rassemble des tas de spécialistes de l’évolution, qui vont tous contribuer à percer les secrets du paresseux géant. « Ce laboratoire, c’est une merveille, note le paléontologue. Si l’on se pose une question, on discute avec un voisin de palier, ou on grimpe dans un autre étage, et on a la réponse. »

En savoir plus sur l’évolution de cette espèce

Les ossements vont être minutieusement observés à l’œil nu, mais aussi via une microtomographie aux rayons X, une technique empruntée à la médecine qui permet, avec une très haute résolution, de « reconstituer la surface des os, mais surtout, de passer au travers, sans les détruire, note le paléontologue. Ça nous permettra, par exemple, de constater la longueur et la forme des dents à l’intérieur de la mâchoire, sans avoir à la casser. Et de réaliser une cartographie des terminaisons nerveuses. »

Des restes du crâne retrouvés en Guyane
Des restes du crâne retrouvés en Guyane - P-O. Antoine

Les chercheurs de l’Isem vont tenter aussi de prélever de l’ADN, si c’est possible, sur les restes de ce paresseux géant. Toutes ces caractéristiques seront confrontées à celles d’autres fossiles de l’espèce, ou de leurs descendants actuels, afin d’en apprendre un peu plus sur leur évolution. Des prélèvements sur les dents pourraient permettre aussi de définir plus précisément le régime alimentaire de cette bestiole. Était-elle seulement herbivore, comme on le pense ? Ou lui arrivait-il aussi de se nourrir d’insectes, par exemple ? « Ce travail n’a jamais été fait sur cet animal », note le chercheur.

Enfin, des études de sédiments, prélevés sur place, devraient nous en apprendre plus sur la végétation, à l’époque du paresseux géant et ses contemporains, les mastodontes ou les tigres à dents de sabre. Et, peut-être, comprendre pourquoi il a disparu.