Le rover Perseverance confirme qu’il y a eu un immense lac sur Mars

ESPACE C’est officiel, les premières données transmises par le rover martien Perseverance et sa SuperCam de fabrication française, confirment que Mars a abrité un gigantesque lac, lieu idéal pour rechercher des traces de vie

Hélène Ménal
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Le rover Perseverance dans le cratère martien Jezero. Illustration.
Le rover Perseverance dans le cratère martien Jezero. Illustration. — Nasa - Sipa
  • Mars a bien abrité un lac de 35 km de diamètre. La confirmation vient de l’analyse des premières données livrées par le rover Perseverance et sa, très toulousaine, caméra laser SuperCam.
  • Cette découverte indique que le rover s’est posé au bon endroit pour rechercher d’éventuelles matières organiques qui pourraient constituer des traces de vie.
  • Reste à ramener des échantillons sur Terre, à l’horizon 2030.

Dans le mille ! En choisissant le cratère Jezero pour la périlleuse arrivée sur Mars du rover Perseverance le 18 février 2021, la Nasa et tous les chercheurs qui collaborent à cette mission, espéraient viser, sur la foi d’images satellites, une ancienne zone lacustre propice à la recherche de traces de vie. Les tout premiers résultats transmis par le robot martien, et dévoilés jeudi dans la revue Science, confirment qu’ils ont eu du flair : le cratère doit bien sa forme à une immense étendue d’eau « d’environ 35 km de diamètre » et remontant à 3,6 milliards d’années.

Cette certitude a été établie grâce aux images transmises par SuperCam, l’instrument hypersophistiqué construit à Toulouse et qui sert de tête chercheuse au rover. Grâce à lui, Perseverance a pu observer des détails « de moins de 10 centimètres » alors qu’il se tenait à 2 km de distance de la zone qui intéressait les spécialistes. Et, selon l’étude, dirigée par Nicolas Mangold, géologue CNRS du laboratoire de planétologie et de géodynamique, « les strates sédimentaires inclinées, prises en sandwich entre des strates horizontales » relevées dans Jezero ont bien une géométrie « typique des deltas sur Terre ».

« On est au bon endroit »

« On s’attendait un peu à cette bonne surprise, là on est rassurés », réagit Sylvestre Maurice, astronome à l’Institut de recherche en astrophysique et planétologie de Toulouse (Irap), le berceau de SuperCam. « On sait maintenant que l’on est au bon endroit et qu’il est propice à ce qu’on y recherche des traces de vie », s’enthousiasme le chercheur. Les sédiments argileux et sablonneux sont en effet de « très bons candidats » pour retrouver d’éventuelles matières organiques.

Les images ont aussi révélé de gros galets et de gros blocs rocheux d’un mètre de côté, témoins « de forts courants fluviaux » et probablement « d’un changement climatique majeur » dont il faut encore déterminer la nature. Les gros blocs pourraient en outre fournir « des fragments de croûte martienne ».

Jezero ne livrera ses ultimes secrets que quand les échantillons – sédiments ou croûte – seront analysés sur Terre… à l’horizon 2030. « SuperCam va continuer à documenter son environnement et le contexte géologique. Cela permettra de sélectionner les échantillons les plus intéressants qui devront être récupérés par la mission qui arrivera sur Mars vers 2026 », explique Sylvestre Maurice.

Pour l’anecdote, ce « lac de promesses » est dévoilé en pleine « conjonction solaire » de Mars, cette période de deux semaines environ, qui revient tous les deux ans, et durant laquelle le soleil s’interpose entre la Planète rouge et la Terre, rendant toute communication impossible avec les instruments martiens.